L’écriture inclusive avec Typhaine D

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Sommaire

Bonjour et bonsoir à toutes les personnes qui écoutent ce podcast hebdomadaire sur l’écriture inclusive.

Aujourd’hui, je suis en compagnie de Typhaine D pour discuter de l’écriture inclusive et de son engagement artistique. J’étais ravie de la rencontrer en personne à la Cité Fertile, car j’apprécie son travail, son contenu sur les réseaux sociaux et ses spectacles, auxquels j’ai d’ailleurs convié des membres de ma famille.

Typhaine, je te laisse te présenter comme tu le souhaites dans cet épisode sur l’écriture inclusive.

Merci beaucoup, Esthel. Je suis très touchée d’être ici pour parler d’écriture inclusive. Je m’appelle Typhaine D et je suis comédienne, autrice et metteuse en scène. Mon travail s’articule autour du féminisme, de l’animalisme et de l’enfance. J’ai actuellement quatre spectacles, dont certains sont principalement féministes, d’autres animalistes.

Parmi eux, « Contes à Rebours » et « Pérille Mortelle » sont ceux qui tournent le plus depuis plusieurs années en France, Belgique et au Québec. Je retourne d’ailleurs à Avignon avec ces deux spectacles construits autour de l’écriture inclusive.

  • « Conte à Rebours » est une réécriture féministe des contes de fées de notre enfance. Il permet de revaloriser les héroïnes tout en donnant des clés pour une prise de conscience, une prévention des violences et une réflexion sur l’émancipation. Ce spectacle intègre l’écriture inclusive, notamment pour proposer une représentation plus fidèle et égalitaire des personnages.
  • « Pérille Mortelle » traite davantage de la langue et du langage. J’y ai créé une langue nommée « féminine universelle », que j’utilise lorsque j’écris et m’exprime. Ce travail explore aussi les limites et les possibilités de l’écriture inclusive, en cherchant des alternatives à la règle du masculin dominant.

Je suis bilingue, et je peux également parler avec l’écriture inclusive, même si, dans ce cadre, le masculin l’emporte encore trop souvent.

Mon troisième spectacle, « Opinion d’une femme sur les femmes », est le seul que je n’ai pas écrit moi-même. Il s’agit d’un texte de Fanny Raoul, une autrice du matrimoine ayant publié en 1801 un manifeste féministe révolutionnaire, injustement méconnu. Grâce aux travaux de Geneviève Fraisse, ce texte a été redécouvert et réédité aux éditions du Passager Clandestin. J’ai donc souhaité le porter sur scène pour en amplifier la portée, en respectant ses choix d’écriture et en y intégrant l’écriture inclusive pour actualiser son message.

Enfin, mon quatrième spectacle, « Vegan par amour », a vu le jour l’année dernière. Il s’inspire de mon expérience personnelle et questionne le lien entre empathie et engagement animaliste. J’aime détourner le langage en remplaçant les « pères » par les « mères », afin de déconstruire certaines normes linguistiques et de proposer des alternatives via l’écriture inclusive.

Une revisite engagée des contes de fées

J’ai eu l’occasion d’assister à « Contes à Rebours » et « Pérille Mortelle », et j’ai particulièrement apprécié la manière dont tu revisites les personnages de Blanche-Neige et de Cendrillon, tout en utilisant l’écriture inclusive pour adapter leurs récits aux réalités contemporaines.

Dans « Conte à Rebours », je réinterprète l’histoire de Blanche-Neige en déconstruisant la version de Disney, qui véhicule une vision misogyne et spéciste. Ma Blanche-Neige vient rétablir la vérité, notamment sur l’épisode où la biche est assassinée, en dénonçant les violences infligées aux femmes et aux animaux.

Concernant Cendrillon, je l’ai pensée comme un outil de sensibilisation aux violences conjugales. Je pars du moment où elle est choisie par le prince Charmant lors d’un bal orchestré comme une sélection forcée. Progressivement, son prétendu sauveur devient un conjoint violent, suivant un schéma bien connu. Cendrillon trouve alors de l’aide, parvient à fuir et se réfugie dans une citrouille avec ses filles, soutenue par sa belle-mère. Ce récit met en avant la solidarité féminine, et je veille à ce que l’écriture inclusive soit utilisée pour souligner les rôles et la place des femmes dans cette histoire.

Ce qui me marque aussi, c’est ta manière de t’appuyer sur l’actualité dans tes spectacles. Cela donne envie de les voir plusieurs fois, car les thématiques abordées évoluent constamment.

C’est en effet une volonté de ma part. Dans « Pérille Mortelle », j’intègre toujours des références à des faits d’actualité afin de faire écho aux réalités contemporaines. Cette approche permet de renouveler le propos, en y ajoutant à la fois de la réflexion et de l’humour. L’utilisation de l’écriture inclusive permet également d’adapter le langage et de proposer une représentation plus juste des différentes identités et réalités sociales.

Lors de l’un de tes spectacles, tu as interprété une chanson en hommage aux femmes iraniennes, et j’ai trouvé cela particulièrement émouvant. Avant de la chanter, tu en as donné la traduction, afin que tout le public puisse comprendre les paroles.

Il s’agissait de « Baraye », une chanson de Shervin Hajipour, née des revendications de la révolte iranienne. Elle porte la voix de celles et ceux qui, en Iran, risquent leur vie pour défendre leurs droits. Cette chanson est particulièrement précieuse, car elle est chantée au péril de la vie de nombreuses personnes.

Je ne parle pas farsi, mais grâce à mes amies Parvin et Machide, j’ai pu apprendre et interpréter cette chanson avec justesse. C’était essentiel pour moi de rendre hommage—ou plutôt, comme j’aime le dire, de rendre « femmage », car « hommage » contient encore une référence masculine. J’aime revisiter les mots pour leur donner une dimension plus inclusive, ce qui rejoint aussi mon travail sur l’écriture inclusive.

L’origine du mot « famage » et son évolution

Oui, c’est un mot qui existait déjà ! Je l’ignorais, mais il avait été utilisé en 2006 par Florence Moreno des Chiennes de garde. Cela montre bien que nous sommes nombreuses à ressentir le besoin de trouver de nouveaux mots pour exprimer notre pensée. J’ai voulu, à mon niveau, rendre un hommage—ou plutôt, un « famage »—en chantant pour ces femmes.

Je ne sais pas exactement comment on le prononce, mais je l’utilise en disant… « famage » ?

Exactement ! Pour la féminine universelle, chacun·e s’en empare comme iel le souhaite, en l’adaptant à son usage. En revanche, pour « femmage », je suis intransigeante : il faut dire « une » famage et non pas « un » femage. Cela n’aurait aucun sens grammaticalement. Je tiens à ce que l’on entende « femme » et non « fame », car ce mot doit rester un hommage aux femmes de part l’écriture inclusive.

Définir la féminine universelle et l’écriture inclusive

Merci pour cette précision sur la prononciation de ce mot en écriture inclusive ! Maintenant, pourrais-tu nous expliquer ce qu’est précisément la féminine universelle, ainsi que l’écriture inclusive, pour celles et ceux qui nous écoutent et qui ne seraient pas familiers avec ces concepts ?

Bien sûr ! J’ai réalisé une conférence TEDx sur ce sujet, il y a environ un an et demi. Cette intervention permet d’expliquer la distinction entre l’écriture inclusive et la féminine universelle. Ce sont deux démarches différentes, même si elles se croisent parfois.

Nous avons souvent travaillé sur ces sujets de l’écriture inclusive avec Éliane Viennot, notamment aux côtés d’Aurore Évain, qui a contribué à la réhabilitation des mots « autrice » et « matrimoine ». Éliane Viennot, de son côté, a démontré que le masculin ne l’a pas toujours emporté en français et que cette domination linguistique résulte d’une masculinisation volontaire de la langue.

L’histoire de la langue française est souvent méconnue. Sous Richelieu, lors de la création de l’Académie française, il y a eu une volonté délibérée de rendre la langue plus masculine et plus élitiste. Richelieu est mort rapidement après, mais les académiciens ont poursuivi ce travail de transformation de la langue.

À l’époque, le français populaire était plus égalitaire. Mais l’Académie a imposé des règles misogynes et classistes, ce qui a donné l’impression que le masculin avait toujours eu cette prééminence grammaticale. Pourtant, ce n’est qu’une construction. On aurait pu imaginer l’inverse, mais par un hasard bien calculé, c’est encore les femmes qui en ont fait les frais.

J’ai commencé à créer la féminine universelle en 2012, avant même d’avoir rencontré Aurore Évain et Éliane Viennot. Mon point de départ était « Contes à Rebours », où je voulais utiliser les contes comme outils d’émancipation, avec l’écriture inclusive, au lieu de véhiculer une propagande misogyne.

Très vite, j’ai été confrontée à une impasse linguistique. J’ai voulu écrire la première phrase des contes, et je me suis heurtée au classique « Il était une fois ». Or, cela me semblait illogique : pourquoi commencer avec « il » ? J’ai alors formulé « Elle était une fois ». Ce changement m’a ouvert une réflexion plus large sur la façon dont la langue invisibilise les femmes et sur le sujet de l’écriture inclusive.

La langue française porte en elle une structure qui rend les femmes invisibles ou secondaires. Il est donc impossible de construire un récit féministe avec des outils qui perpétuent ces inégalités. J’ai donc poursuivi cette logique en transformant d’autres expressions :

  • « Rendre hommage » est devenu « rendre femmage ».
  • « Rendre à César ce qui est à César » est devenu « Rendre à Cléopâtre ce qui est à Cléopâtre », car elle aussi a marqué l’Histoire.
  • « Il fait beau aujourd’hui » pourrait devenir « Elle fait belle aujourd’hui ».
  • « Il est certain que » pourrait être reformulé en « Elle est certaine que ».

J’ai réalisé que nous pouvions rééquilibrer la langue en féminisant ces tournures de phrase en reprenant les codes de l’écriture inclusive. Après tout, le neutre n’existe pas en français, contrairement à d’autres langues.

L’essor de l’écriture inclusive a permis de faire émerger des solutions linguistiques pour rendre visibles toutes les identités. On voit ainsi apparaître des formes comme « iels » ou des formulations alternatives comme « spectatoris », qui intègrent plusieurs genres en un seul mot.

Toutefois, l’écriture inclusive reste encore incomplète sur certains points. Par exemple, on continue de dire « il s’agit d’eux », et non « ça s’agit d’eux », ce qui montre que la structure de la langue reste encore très ancrée dans une hiérarchie genrée. Nous sommes encore à l’aube d’une transformation linguistique, mais les usages évoluent.

Faire évoluer la langue avec l’écriture inclusive pour une pensée plus égalitaire

Nous pourrions aussi dire « ça s’agit de », ce qui rendrait la langue plus accessible et moins élitiste. Au lieu de dire « il fait beau », pourquoi ne pas dire « c’est beau temps », comme cela se disait autrefois ? Ces évolutions rejoignent les réflexions sur l’écriture inclusive, qui vise à rendre la langue plus représentative de toutes les identités.

Ma démarche va cependant plus loin. Si je peux parler avec l’écriture inclusive, ce que je fais notamment en entreprise lors de mes formations, mon approche artistique est différente. En tant que formatrice et conférencière, face à un public mixte, je préfère utiliser l’écriture inclusive sous sa forme la plus accessible, en disant « Bonjour à toutes et à tous » ou encore « spectateurices ». C’est une façon de rendre visible tout le monde, sans provoquer de rejet immédiat.

Lorsque je crée, ma démarche est volontairement politique. Puisque la langue française est massivement masculinisée, je fais l’inverse : je la féminise autant qu’elle a été masculinisée.

Ainsi, dans mon travail, l’écriture inclusive ne consiste pas seulement à ajouter des points médians ou à utiliser des formulations neutres. Elle devient un outil de rééquilibrage linguistique. Plutôt que de dire « il est certain que », je choisis « elle est certaine que ». J’explore aussi d’autres formes de féminisation pour des mots qui ont une charge politique forte :

  • « La clitoris » pour affirmer une visibilité.
  • « La féminisme » pour souligner l’ancrage du mot dans une dynamique féminine.
  • « La vagine » pour insister sur une réappropriation corporelle.

À l’inverse, je laisse certains mots au masculin, notamment ceux qui portent une signification oppressive :

  • « Le guerre »
  • « Le violence »
  • « Le cancer »

Cette approche va plus loin que l’écriture inclusive classique, en questionnant activement la manière dont le langage façonne notre perception du monde.

Les attaques contre l’écriture inclusive et la résistance linguistique

Les masculinistes, qui passent leur temps à me cyberharceler, me reprochent de ne pas féminiser certains mots comme « agresseur ». Pourtant, c’est un choix assumé : les agresseurs sont majoritairement des hommes, et l’écriture inclusive ne doit pas effacer cette réalité.

D’ailleurs, l’histoire montre bien que la transformation de la langue a toujours été une question politique. Les masculinistes du XVIIe siècle avaient compris l’importance stratégique de la langue. C’est pourquoi ils ont imposé des règles qui rendent les femmes linguistiquement invisibles.

Aujourd’hui encore, les résistances face à l’écriture inclusive sont nombreuses. En trois ans, il y a eu 12 propositions de loi visant à interdire l’écriture inclusive. Pourquoi une telle obsession ? Parce que la langue façonne notre manière de penser.

L’écriture inclusive et son lien avec les violences sexistes

Si, dans chaque phrase, les femmes sont invisibilisées, alors dans la réalité, elles sont perçues comme mineures. Cette propagande linguistique participe à la normalisation des violences. Si les femmes sont présentées comme moins importantes, alors il devient plus facile de les exclure, de les opprimer, et même de les agresser.

Cette logique explique pourquoi les opposants à l’écriture inclusive veulent empêcher son développement : ils savent que la langue est un outil puissant pour transformer la société.

Le patriarcat est un système avec de nombreux rouages, et l’un d’eux est la langue. Sans cette domination linguistique, il n’y aurait pas autant de violences sexistes. L’écriture inclusive permet donc de changer le récit, de remettre les femmes au centre du langage et de créer une nouvelle perception de la réalité.

Une réappropriation ludique et engagée du langage

J’ai envie de faire entendre les femmes partout, y compris dans la manière dont nous utilisons les mots. C’est pour cela que je joue avec la langue. Par exemple, j’ai retiré « père » et ajouté « mère » dans « impertinente », ce qui devient « immertinante ».

De même, je préfère dire « annimersaire » au lieu d’« anniversaire », en remplaçant le « niversaire » par « miversaire ». Cela fait partie d’une démarche où l’écriture inclusive devient une création vivante et joyeuse, et pas seulement une règle grammaticale.

Ma démarche s’inscrit dans un double mouvement :

  1. Un engagement militant : L’écriture inclusive et la féminine universelle servent à visibiliser les femmes dans le langage et à proposer une alternative aux règles sexistes imposées par l’histoire.
  2. Une approche artistique : En tant qu’autrice et comédienne, je considère que la langue est un terrain d’expérimentation. L’art permet d’explorer, de créer de nouvelles formes, et de réinventer le langage via un pan de l’écriture inclusive.

Pourtant, cette liberté est souvent refusée aux femmes. Lorsque Prévert écrivait « Elle pleut », il était célébré comme un génie. De même pour Nekfeu, bien qu’il ait été accusé de violences sexuelles.

Mais moi, quand j’écris « Elle pleut », je reçois des menaces de mort. L’écriture inclusive, dans mon cas, devient un acte de résistance. Heureusement, certaines de ces attaques font l’objet de plaintes en cours, et j’espère que justice sera rendue.

Mon objectif est clair : faire entendre les femmes dans la langue, et utiliser l’écriture inclusive comme un levier de transformation.

J’ai même remplacé « maximum » par « maxime femme », en retirant « homme » du mot. Parce que l’écriture inclusive n’est pas qu’une question de visibilité, c’est aussi une façon de reprendre le pouvoir sur notre propre narration.

Une langue que le public comprend instinctivement

Dans « Pérille Mortelle », j’expérimente la féminine universelle de manière poussée, et c’est fascinant de voir à quel point le public la comprend sans difficulté. Je l’utilise également dans « Contes à Rebours », bien que de façon plus légère. Mais dans tous les cas, le résultat est le même : les spectateurices s’adaptent immédiatement.

C’est une démonstration frappante de ce que nous disent les études sur l’écriture inclusive : il ne s’agit que d’une habitude à prendre. Au début, cela peut sembler étonnant, mais très vite, cela devient naturel.

Tester l’écriture inclusive dans la vie quotidienne

Beaucoup de femmes me racontent qu’elles testent la féminine universelle entre elles, parfois lors de soirées entre amies. Elles décident de parler uniquement en écriture inclusive et s’aperçoivent très vite que ça fonctionne.

Évidemment, chacun·e peut adapter l’usage de l’écriture inclusive selon ses propres préférences. Certaines féminisent tous les mots, d’autres seulement ceux qui ont un impact politique. Personnellement, je ne me formalise pas sur certains termes : dire « une chaussure » ou « un soulier », peu importe. Mais si on envoie le soulier dans la tête de Darmanin, alors là, ça devient une soulière d’honneur !

Ce qui compte, c’est que l’écriture inclusive a un effet puissant sur celles et ceux qui la pratiquent. De nombreuses femmes me disent qu’en l’adoptant, elles ressentent une forme de réparation, une reconnaissance de leur existence dans la langue. Pour la première fois, elles se voient dans leurs propres pensées et dans l’espace sonore.

Un test infaillible : amener son conjoint voir « Péril Mortelle »

Un phénomène amusant, c’est que beaucoup de femmes emmènent leur partenaire masculin voir « Pérille Mortelle » pour tester leur réaction face à l’écriture inclusive et la féminine universelle.

Certaines utilisent même ce spectacle pour un premier rendez-vous Tinder : si le mec dégage au bout de 10 minutes, elles savent qu’il ne mérite pas de deuxième chance !

Ce qui est fascinant, c’est que pendant une heure et demie, ces hommes expérimentent ce que nous vivons depuis 400 ans. Ils se sentent diminués, dérangés, alors qu’en réalité, ce n’est qu’un effet de miroir. Ce simple exercice montre combien l’écriture inclusive et la féminisation du langage sont perçues comme menaçantes par certains.

L’impact psychologique des règles sexistes de la langue

Souvent, les femmes me disent qu’elles se souviennent parfaitement du jour où, à l’école primaire, elles ont entendu la règle « le masculin l’emporte sur le féminin ». Elles se rappellent de la moquerie des garçons, de leur propre malaise, du regard des filles qui baissaient la tête. C’est un mini-trauma linguistique que nous avons toutes vécu.

Personnellement, pour moi la fondatrice de Matrimoine Féministe, cette règle a été ma première révolte féministe. L’idée qu’avec 10 filles et 1 garçon, c’est le garçon qui impose le genre grammatical, m’a semblé profondément injuste. Et en découvrant l’histoire de la langue, on comprend que cette règle a été imposée au XVIIe siècle, dans une démarche délibérée de masculinisation.

Oui, cette transformation date bien du XVIIe siècle, avec la création de l’Académie française. Mais il a fallu attendre que l’éducation devienne gratuite et obligatoire pour que ces règles sexistes s’imposent réellement dans les usages.

Avant cela, les gens parlaient autrement. Ils continuaient à dire « c’est quelle heure ? » plutôt que « quelle heure est-il ? », ou encore « la doctoresse » au lieu de « le docteur ». L’Académie française n’avait pas de prise directe sur le langage populaire.

C’est seulement grâce à l’école que la masculinisation de la langue s’est généralisée et que l’écriture inclusive a cessé. Finalement, cette règle n’a que 150 ans, ce qui est très peu à l’échelle de l’histoire linguistique.

L’écriture inclusive et la féminisation des métiers

L’une des preuves que la langue a été artificiellement masculinisée, c’est que, au Moyen-Âge, il existait beaucoup plus de mots féminisés qu’aujourd’hui.

On disait chevalresse, peintresse, philosophesse, autrice… Des termes qui ont été supprimés volontairement pour effacer les femmes de l’espace professionnel et intellectuel.

Un détail amusant, c’est que « Mademoiselle » est le seul mot qui a survécu à cette purge. En revanche, « Damoiseau » a disparu. Curieusement, quand il s’agissait d’un terme pour différencier les femmes des hommes, il était conservé…

L’origine sexiste du terme « Mademoiselle »

Les mots comme « Mademoiselle » et « Damoiseau » ont existé exactement au même moment que leur corollaire masculin. Pourtant, en 2010, avec l’association Osez le Féminisme ! et Les Chiennes de Garde, nous avons mené une campagne pour supprimer « Mademoiselle » des documents administratifs.

Pourquoi ? Parce que étymologiquement, « Mademoiselle » signifie « ma petite pucelle », tandis que « Damoiseau » signifie « mon petit puceau ». Ces termes renvoyaient à une époque où il était mal vu d’avoir une sexualité avant le mariage – pour les femmes comme pour les hommes.

Mais au XIXe siècle, avec l’essor de la bourgeoisie, les hommes ont commencé à acheter l’impunité de leurs crimes en exploitant des femmes dans les maisons closes. Ainsi, « Damoiseau » a disparu, car ces hommes n’étaient plus vierges au mariage. En revanche, « Mademoiselle » a perduré, car la société continuait d’imposer aux femmes une définition de leur valeur liée à leur sexualité et leur statut marital.

Finalement, le passage de « Mademoiselle » à « Madame » signifiait qu’une femme avait été pénétrée par son mari. C’est une vision extrêmement sordide, qui réduit les femmes à leur relation avec un homme.

La résistance au changement et l’écriture inclusive

Aujourd’hui encore, il y a des hommes qui insistent pour m’appeler « Mademoiselle ». À eux, je réponds « Damoiseau », en expliquant que cela signifie « mon petit puceau ». Étrangement, ça les met tout de suite mal à l’aise.

Certaines femmes aiment être appelées « Mademoiselle », car cela leur donne l’impression d’être plus jeunes. Cela témoigne d’un problème plus large : dans notre société, la jeunesse féminine est valorisée, tandis que les femmes plus âgées sont invisibilisées. C’est une injustice structurelle que l’écriture inclusive permet aussi d’interroger.

Le tunnel des 50 ans : la disparition médiatique des femmes

Avec les copines de l’AFAA (le syndicat des actrices et acteurs de France), il existe une commission nommée « Le Tunnel des 50 », menée par Tessa Volkine, Véronique Attali, Blandine Métayer, Sophie Bourret, etc.

Elles soulignent une réalité : une femme sur deux en France a plus de 50 ans, et pourtant, ces femmes sont quasiment absentes des représentations médiatiques. Quand elles apparaissent, c’est souvent de manière dévalorisante.

Pourquoi ? Parce que les femmes de plus de 50 ans échappent au contrôle patriarcal :

  • Elles sont ménopausées, donc elles ne peuvent plus être mises enceintes contre leur gré.
  • Elles ont plus d’expérience, donc elles sont plus difficiles à manipuler.
  • Elles ont souvent une meilleure situation financière, ce qui leur donne plus d’indépendance.

C’est à ce moment-là que la société les invisibilise, parce qu’elles ne sont plus perçues comme désirables. L’écriture inclusive, en proposant des mots et des formes grammaticales plus équitables, participe à la revalorisation de ces femmes dans le langage et dans l’imaginaire collectif.

L’âgisme et le contrôle du corps des femmes

Cette obsession pour la jeunesse féminine est un exemple frappant d’âgisme misogyne. Chez les hommes, vieillir est souvent synonyme de prestige, d’autorité. Chez les femmes, c’est perçu comme une dégradation.

Pourquoi cette différence ? Parce que ce qui est valorisé chez les femmes, c’est leur vulnérabilité. Une jeune femme sera plus facilement mise sous emprise, et donc, plus facilement contrôlée.

C’est un mécanisme profondément ancré, et c’est aussi pour cela que tant de récits de pédocriminalité continuent d’émerger. La glorification des relations entre jeunes femmes et hommes plus âgés est une construction dangereuse, qui banalise l’exploitation et les abus.

Le patriarcat, un système où les femmes perdent toujours

Aujourd’hui, être en couple avec un homme reste statistiquement dangereux. Les féminicides le prouvent. D’ailleurs, vivre avec un homme est plus risqué que de prendre la voiture.

Je ne conseille à aucune femme d’être en couple avec un homme. Mais si vous êtes hétéra, alors évitez d’ajouter des oppressions cumulées :

  • Si vous êtes racisée, évitez d’être avec un homme blanc.
  • Si vous êtes pauvre, évitez d’être avec un homme riche.
  • Si vous êtes jeune, évitez d’être avec un homme plus âgé.

Cela peut sembler radical, mais toutes les statistiques sur les violences conjugales et les abus montrent que ces rapports de pouvoir inégaux renforcent les dynamismes toxiques.

Encore pire : même quand une femme est plus âgée que son conjoint, c’est encore lui qui en tire avantage. Il pourra plus facilement la tromper avec des femmes plus jeunes. Dans ce système d’oppressionquoi qu’une femme fasse, elle perd toujours. C’est ça, le patriarcat.

Lutter contre l’impunité et faire évoluer les mentalités

Tu soulèves un point essentiel : pour que les inégalités diminuent, il faudrait que les hommes développent plus d’empathie et se mettent à la place des femmes.

Avec mes spectacles, j’observe que ce mécanisme fonctionne : les hommes réalisent soudain ce qu’ils ne perçoivent pas dans leur quotidien. Mais cette prise de conscience implique de remettre en question leurs privilèges, ce qui est souvent inconfortable pour eux.

L’éducation est évidemment un levier essentiel, et l’écriture inclusive joue un rôle dans cette transformation, car elle oblige à visibiliser des réalités occultées. Mais pour un réel changement, il faut aussi une justice efficace.

Actuellement, nous avons un immense problème d’impunité. La nomination de Darmanin à la Justice, un homme accusé de violences sexuelles par deux femmes, est un signal terrible. Déjà qu’il était à l’Intérieur, c’était inquiétant, mais à la Justice, c’est encore pire.

Le principal problème du système judiciaire, c’est que les violeurs ne sont presque jamais condamnésSeulement 0,6 % des agresseurs sexuels passent par la case prison. La majorité des plaintes finissent en non-lieu ou en classement sans suite.

Pourquoi ? Parce que le système judiciaire est profondément sexiste et maltraite les victimes. Résultat : beaucoup de femmes ne portent même pas plainte, car elles savent que cette démarche sera une épreuve en plus du traumatisme qu’elles ont déjà vécu.

Si la fin de l’impunité devenait une priorité, cela changerait réellement les mentalités.

Imaginons un instant un monde où tous les violeurs étaient condamnés à 30 ans de prison.

Déjà, il y aurait un sacré vide dans les rues, parce qu’on parle de 70 % des hommes concernés. Ensuite, il faudrait réquisitionner des régions entières pour stocker ces criminels.

Mais surtout, ces hommes n’auraient plus accès aux corps des femmes. Ils ne pourraient plus se reproduire, ce qui signifie que moins d’hommes violents élèveraient des enfants et transmettraient ces comportements toxiques. Cela casserait un cercle vicieux.

Bien sûr, tous les violeurs ne sont pas issus de familles abusives. Mais l’absence de justice permet aux agresseurs de continuer leurs violences sans conséquences.

Un autre problème fondamental est le traitement des victimes par la justice. Le procès de Gisèle Halimi, où 17 agresseurs ont fait appel, illustre la défaillance du système.

Malgré son courage incroyable, elle doit revivre un procès, ce qui est une torture psychologique supplémentaire. Ce mécanisme est terriblement injuste pour les survivantes.

Certaines victimes refusent même de porter plainte pour ne pas avoir à subir ce parcours d’obstacles. Cela signifie que la justice ne protège pas, elle punit.

Dans ce contexte, l’écriture inclusive prend tout son sens. Elle permet de :

  • Rendre visible les violences sexistes et sexuelles dans la langue
  • Remettre en question des expressions qui banalisent ces oppressions
  • Déconstruire l’impunité en nommant clairement les agresseurs

Lorsque l’on utilise l’écriture inclusive, on ne peut plus occulter ces réalités. La langue devient un outil de conscientisation.

Si tous les violeurs étaient en prison, il y aurait moins de naissances en France. Cela pourrait même contribuer à réduire le réchauffement climatique, car une partie de la surpopulation mondiale est liée aux mécanismes de domination masculine.

Les racistes hurleraient sûrement à l’idée d’accueillir plus de réfugié·es climatiques, mais en réalité, ce serait une solution bien plus juste qu’une natalité imposée sous le prisme du patriarcat.

Un système judiciaire en faillite

L’affaire Dominique Pelicot est une autre démonstration de la faillite du système judiciaire. Son procès a révélé l’ampleur des violences et la façon dont les violeurs manipulent la justice.

Même après avoir été condamnés, 17 des violeurs ont fait appel. Cela signifie que la victime va devoir revivre toute la procédure, dans un système qui est déjà extrêmement dur pour les survivantes.

Si la justice était réellement du côté des victimes, ces hommes prendraient encore plus cher en appel. Mais l’issue reste incertaine, car les vices de procédure et les lacunes du système offrent encore trop d’échappatoires aux agresseurs.

En France, même un homme reconnu coupable de viol, qui est un crime, peut sortir libre du tribunal. C’est le reflet d’un système judiciaire défaillant.

Dans certaines affaires, il existe même des vidéos des agressions où l’on voit clairement les violeurs se vanter devant la caméra après leur crime. Pourtant, ces hommes ne sont pas condamnés et continuent de jouir d’une impunité totale.

C’est une injustice profonde, et cela montre que la parole des victimes ne suffit pas. Même avec des preuves tangibles, les tribunaux continuent d’absoudre les agresseurs.

Les grandes oubliées des procès

Dans l’affaire Dominique Pellicot, plusieurs victimes ont été oubliées du procès, notamment les belles-filles et l’épouse d’un des agresseurs.

Cette femme a également été violée par son mari et par Dominique Pellicot après avoir été droguée. Pourtant, elle continue de soutenir son mari, ce qui montre à quel point elle est sous emprise.

La dimension incestueuse de l’affaire n’a pas été prise en compte par la justice. Ce n’est pas seulement une tragédie personnelle, c’est un symptôme d’un problème systémique :

  • Les violences incestueuses sont minimisées
  • Les femmes sous emprise ne sont pas protégées
  • L’impunité encourage la répétition des crimes

Les médias et l’image des victimes

Un autre problème majeur, c’est la façon dont les médias traitent les victimes.

On a beaucoup entendu dire que Gisèle Pellicot est une femme « digne et forte ». Mais cette vision est problématique. Que signifie « digne » dans ce contexte ? Si elle avait réagi différemment – si elle avait crié, pleuré, hurlé au tribunal – aurait-elle été considérée comme une « mauvaise victime » ?

La société attend des femmes qu’elles réagissent d’une certaine manière pour qu’elles soient crues. Elles doivent être calmes, posées, élégantes, bien coiffées. Mais qu’en est-il des autres victimes ?

Les grands procès à venir concernent des réseaux pornographiques où des femmes ont été torturées et violées, avec des crimes filmés et diffusés en ligne. Ces survivantes ont des parcours de vie marqués par la violence, parfois depuis l’enfance.

Certaines ont été exposées à des addictionsdes conduites à risque, ou ont été mises en prostitution. Seront-elles, elles aussi, considérées comme « dignes » par les médias ? Ou bien seront-elles jugées trop « imparfaites » pour être défendues ?

L’épineuse question de l’emprise

Gisèle Pellicot reste une femme sous emprise, même aujourd’hui.

Elle a longtemps cru que son mari était « un homme parfait », alors que des signaux d’alerte existaient depuis longtemps :

  • Il s’est masturbé devant ses belles-filles
  • Il a tenté de commettre des violences sexuelles sur un enfant

Ce n’est pas une critique contre Gisèle Pellicot. Au contraire, c’est la preuve de la puissance de l’emprise et du grooming dans les dynamiques de violences sexuelles.

Elle n’a pas encore pu verbaliser que son mari a violé leur fille. C’est trop dur à accepter. Pour Caroline Darian, qui a vécu cette réalité, la reconnaissance judiciaire est indispensable, mais elle est loin d’être acquise.

Toutes les victimes méritent d’être crues

Mon empathie est totale pour toutes les victimes :

  • Celles dont les affaires sont médiatisées
  • Celles qui n’ont pas osé parler
  • Celles qui n’ont jamais porté plainte
  • Celles qui sont encore sous emprise
  • Celles qui sont mises en prostitution

Aucune femme ne devrait avoir à prouver qu’elle est une « bonne victime » pour être écoutée.

Dans une société patriarcale, statistiquement, une femme qui dit qu’elle a subi des violences dit la vérité.

Les médias classent toujours les victimes en « bonnes » et « mauvaises ».

L’affaire Amber Heard vs. Johnny Depp est un exemple frappant :

  • Amber Heard a été présentée comme la « mauvaise victime »
  • Gisèle Pellicot est considérée comme la « bonne victime »

Pourtant, Amber Heard avait des preuves, des témoignages, des enregistrements. Mais elle a été démolie publiquement, parce qu’elle ne correspondait pas à l’image attendue d’une victime idéale.

Ce phénomène montre bien que les violences sexistes ne sont pas seulement judiciaires, elles sont aussi culturelles et médiatiques.

L’écriture inclusive comme outil de résistance

Dans ce contexte, l’écriture inclusive joue un rôle fondamental pour changer les mentalités.

  • Elle permet de nommer les violences avec précision
  • Elle évite les tournures qui invisibilisent les victimes
  • Elle redonne une place aux survivantes dans le langage

Utiliser l’écriture inclusive, c’est refuser d’effacer celles qui ont subi l’injustice et l’oppression.

Un système judiciaire qui protège les violeurs

Le constat est sans appel : en France, des hommes condamnés pour viol ressortent libres du tribunal.

Même lorsque les preuves sont irréfutables, y compris des vidéos des agressions, la justice ne les punit pas à la hauteur du crime. Alors, que dire de l’immense majorité des victimes, qui n’ont aucune preuve tangible ?

La réalité, c’est que la plupart des viols sont commis par un conjoint ou un père. Ces crimes ne sont pas filmés, pas visibles, pas médiatisés. Et tant que la justice continue d’accorder l’impunité aux agresseurs, ces violences se perpétuent dans le silence.

Si même des vidéos accablantes ne suffisent pas à obtenir une réelle condamnation, que reste-t-il aux victimes anonymes ? L’une des réponses à cette invisibilisation réside dans l’écriture inclusive, qui permet de nommer clairement les violences et leurs auteurs au lieu de masquer ces réalités derrière un langage imprécis et biaisé.

Qui devrait être ministre de la Justice ?

La nomination de Gérald Darmanin au ministère de la Justice est une provocation pour toutes les personnes qui luttent contre les violences sexuelles.

Si j’avais un nom à proposer, ce serait Marilyn Baldeck, ancienne responsable de l’AVFT (Association Européenne Contre les Violences Sexistes au Travail). Pendant plus de 20 ans, elle a accompagné des centaines de victimes dans des procès complexes et a contribué à démocratiser l’accès à la justice pour les femmes.

D’autres spécialistes seraient parfaitement qualifiées, comme Lorraine Questiaux, avocate engagée contre les porno-criminels et défenseuse des survivantes des violences sexuelles.

Pourquoi ces femmes ne sont-elles pas en position de pouvoir ? Parce que la justice n’est pas une priorité pour l’État, et encore moins la lutte contre l’impunité des violeurs. L’écriture inclusive permet justement de rendre ces expertes plus visibles et d’insister sur l’importance d’avoir des personnes compétentes aux postes clés.

Un service public de la justice encore insuffisant

Aujourd’hui, les avocates spécialisées dans l’accompagnement des victimes sont souvent sous-payées.

Pourquoi ? Parce que les victimes de violences sexuelles sont majoritairement des femmes, et que les femmes sont plus précaires que les hommes. Résultat : elles n’ont pas les moyens de se payer une défense efficace.

Certes, il existe l’aide juridictionnelle, mais ce n’est pas suffisant. Nous avons besoin d’un vrai service public de la justice, avec des moyens financiers conséquents pour accompagner toutes les survivantes, sans exception.

Tant que la langue continuera d’invisibiliser les survivantes et de minimiser les crimes, il sera impossible d’obtenir des réformes structurelles. L’écriture inclusive est donc un outil clé dans cette démarche.

L’exemple de l’Espagne : une justice plus réactive

L’Espagne est souvent citée comme un modèle dans la lutte contre les violences sexistes et sexuelles.

Là-bas, les plaintes pour violences sexuelles sont traitées en priorité. Ce qui signifie que les victimes ont un accès plus rapide à la justice.

Les résultats sont là : les taux de condamnation sont bien plus élevés qu’en France. Mais cela ne signifie pas que tout est parfait.

Pourquoi l’Espagne s’en sort mieux ? Tout simplement parce que plus de moyens sont alloués à la lutte contre les violences. Tant que la France continuera d’investir des miettes dans cette cause, l’impunité restera la norme.

Dans ce combat, l’écriture inclusive permet aussi d’éviter les euphémismes et les expressions sexistes, qui banalisent encore trop souvent ces violences.

Les violences sexistes sont moins importantes que l’argent

Notre société donne plus d’importance aux trafics financiers qu’aux violences sexuelles.

Prenons un exemple : le taux d’impunité pour viol est de 99,4 %. Imaginez si 99,4 % des cambrioleurs échappaient à la justice. Ce serait le chaos, et l’État prendrait des mesures immédiates pour endiguer le phénomène.

Pourquoi ce n’est pas le cas pour les violences sexuelles ? Parce que les femmes valent moins que l’argent aux yeux des décideurs.

Les trafics de drogue, eux, sont une priorité parce qu’ils génèrent des flux financiers. La lutte contre les viols ? Elle ne rapporte rien. C’est une réalité brutale, mais qui explique pourquoi les moyens sont si insuffisants.

Utiliser l’écriture inclusive, c’est aussi refuser d’adopter un langage qui minimise ces violences et renforcer l’exigence d’égalité et de justice.

Et si on traitait le vol comme on traite le viol ?

J’ai réalisé une vidéo pour Urbania intitulée : « Et si on traitait le vol comme on traite le viol ? »

J’y expliquais comment les arguments des avocats des violeurs sont absurdes lorsqu’ils sont transposés à d’autres crimes.

Lors du procès Mazan, un des avocats de la défense a déclaré :

« Il y a viol et viol. »

Imaginez si l’on disait :

« Il y a vol et vol. »

Devrait-on prouver que le voleur avait une intention malveillante ? Faudrait-il démontrer que la victime n’a pas volontairement laissé ses affaires sans surveillance ?

Grâce à l’écriture inclusive, il est possible d’éviter ces absurdités et de rendre visibles les injustices structurelles du système judiciaire.

Privilèges masculins, justice et écriture inclusive

L’impunité des agresseurs atteint un niveau délirant. Imaginez qu’une personne porte plainte pour un cambriolage où l’on lui aurait volé tous ses objets de valeur. Les forces de l’ordre lui répondraient alors :

« Vous êtes sûr·e que vous ne lui avez pas donné volontairement ? »

Cette situation serait surréaliste. Pourtant, c’est exactement ce que vivent les victimes de violences sexuelles lorsqu’elles cherchent à obtenir justice.

Le pire, c’est que le vol est un crime bien moins grave qu’un viol : on peut remplacer des objets, mais on ne peut pas effacer un traumatisme. Pourtant, la justice considère les violeurs avec plus de clémence que les voleurs.

L’écriture inclusive permet ici de rendre visible cette incohérence, en mettant en lumière l’inégalité de traitement entre les infractions. Un système judiciaire qui protège les agresseurs plutôt que les survivantes ne peut être qualifié de juste.

Une justice qui transforme les viols en « scènes de sexe »

Un autre exemple frappant de cette injustice systémique, c’est le cas du président d’un tribunal qui, à la demande des avocats des violeurs, a interdit l’usage du terme « scène de viol » pendant un procès.

À la place, on devait parler de « scène de sexe ».

C’est l’équivalent de dire, dans un procès pour vol :

« Nous n’allons pas parler de vol, mais de don. »

Dans un procès pour meurtre, on ne parle pas d’euthanasie. Alors pourquoi ne pas appeler un viol par son nom ?

C’est une preuve supplémentaire que les femmes ne sont pas considérées comme des personnes à part entière. Leur souffrance est minimisée, leur parole est remise en question, et leur statut est toujours infériorisé.

L’écriture inclusive joue un rôle clé dans ce combat : en choisissant des termes précis et non minimisants, elle empêche les violences d’être déguisées en actes consentis.

L’empathie, un privilège masculin

Dans nos sociétés, l’empathie est réservée aux hommes, en particulier aux hommes blancs, riches et hétérosexuels.

Lorsque les violences concernent des femmes, des personnes racisées ou des personnes animales, l’indifférence est totale.

Les enfants ? À peine mieux. Les petits garçons ont plus de valeur, car ils sont perçus comme des hommes en devenir. Mais les femmes et les autres êtres vulnérables ? Ils sont considérés comme négligeables.

Nous sommes en 2025, et pourtant, les femmes doivent encore se battre pour être reconnues comme des êtres humains. L’écriture inclusive permet de rééquilibrer la manière dont nous parlons des violences, en donnant aux victimes une place centrale dans le récit.

Le féminisme, une remise en question radicale des privilèges masculins

Andrea Dworkin disait :

« Le féminisme est l’idée radicale selon laquelle les femmes sont des personnes. »

Et nous n’y sommes toujours pas.

Pourquoi ? Parce que reconnaître pleinement les droits des femmes et des minorités signifie remettre en question toute la structure du pouvoir actuel.

C’est la mère à boire, comme on dit. Cela implique de déconstruire tout un système bâti depuis des millénaires sur la domination masculine.

Or, les privilèges sont des choses que personne ne devrait avoir.

Beaucoup de femmes culpabilisent en disant :

« Je suis privilégiée parce que j’ai un toit et je mange à ma faim. »

Mais ce n’est pas un privilège, c’est un droit fondamental.

Les hommes ne passent pas leur temps à s’auto-flageller sur leurs privilèges, alors pourquoi les femmes devraient-elles se sentir coupables d’exister dans des conditions dignes ?

Un véritable privilège, c’est une chose qui devrait être abolie, comme :

  • Le droit implicite des hommes sur le corps des femmes
  • Leur accès facilité aux postes de pouvoir
  • L’impunité quasi-totale des violences masculines

L’écriture inclusive joue un rôle dans cette prise de conscience collective, en changeant les représentations culturelles qui nourrissent ces privilèges.

Les privilèges masculins : domination, impunité et argent

Historiquement, la nuit du 4 août 1789 a marqué l’abolition des privilèges féodaux. Mais tous les privilèges n’ont pas disparu.

Les hommes nobles ont perdu leurs droits féodaux, mais les hommes en général ont conservé leur domination sur les femmes.

Et aujourd’hui encore, les privilèges masculins persistent sous plusieurs formes :

  • L’impunité judiciaire des hommes qui commettent des violences sexuelles
  • Leur domination économique et politique
  • La culture de l’objectification des femmes, qui les réduit à des corps exploitables

Le fait que 99,4 % des violeurs ne soient jamais condamnés en France signifie une chose claire :

Dans les faits, les hommes ont le droit de violer.

Le patriarcat n’est pas une exagération, c’est une réalité chiffrée.

Et ce n’est pas seulement un problème de justice, c’est aussi un problème de langage. L’écriture inclusive permet d’éviter les formules minimisantes qui donnent l’impression que les violences sexuelles sont des faits divers, et non un fléau systémique.

Le coût de la virilité : une responsabilité ignorée

Le livre Le Coup de la Virilité explique de manière brillante que la majorité des meurtres, des accidents et des violences sont commis par des hommes. Cette surreprésentation masculine dans les comportements violents n’est pas due au hasard, mais à une construction sociale ancrée depuis des siècles.

Dès l’enfance, les garçons sont encouragés à être dominants, à prendre de la place et à exercer une forme de force. Pendant ce temps, les filles sont socialisées à être discrètes, calmes et à ne pas déranger. Cela commence dès la cour de récréation, où les garçons monopolisent l’espace avec des jeux comme le football, reléguant les filles à des coins secondaires.

Ce phénomène, loin d’être anodin, est le socle du patriarcat. Il conditionne les comportements et légitime des violences qui seront plus tard tolérées par la société et la justice. L’écriture inclusive permet de mettre en lumière ces réalités, en rendant visibles les rapports de domination dès le plus jeune âge.

Les chiffres sont clairs : entre 96 % et 97 % des personnes en prison sont des hommes. Mais la manière dont ces chiffres sont interprétés est essentielle.

Les hommes sont incarcérés parce qu’ils commettent des violences. Les femmes, elles, sont incarcérées parce qu’elles subissent des violences.

  • Les hommes tuent leurs enfants dans un contexte de violences conjugales qu’ils exercent depuis des années.
  • Les femmes qui tuent leurs enfants le font dans un contexte de détresse extrême, souvent après avoir subi des violences insupportables.
  • De nombreuses femmes en prison sont des victimes de violences conjugales qui ont réagi pour se défendre.

Dans le cas des affaires de drogue et de traite, les femmes sont souvent manipulées et utilisées par leurs conjoints violents, et pourtant, ce sont elles qui se retrouvent derrière les barreaux.

L’injustice est criante : même face à la loi, le patriarcat continue de punir les femmes pour des crimes qu’elles n’ont pas réellement commis, tandis que les hommes bénéficient d’une impunité quasi totale.

L’écriture inclusive est un levier puissant pour démonter ces logiques. Elle permet d’introduire des termes précis et nuancés, qui ne laissent plus place aux raccourcis sexistes et à l’invisibilisation des violences subies par les femmes.

Autre chiffre frappant : 88 % des accidents mortels de la route sont causés par des hommes.

Pourtant, lorsque l’idée de faire payer moins cher les assurances automobiles aux femmes, car elles représentent un risque moindre, a été évoquée, les masculinistes se sont immédiatement mobilisés pour l’annuler.

Les femmes payent donc autant que les hommes, alors qu’elles causent bien moins de dégâts.
Un système où les hommes coûtent plus cher à la société, mais où ce sont les femmes qui compensent ces coûts.

Et cela ne s’arrête pas là. L’économie entière profite du patriarcat :

  • L’industrie du porno et de la prostitution génère des milliards chaque année, exclusivement au bénéfice des hommes.
  • Les normes sexistes imposent la “taxe rose”, forçant les femmes à payer plus cher pour des produits identiques.
  • Les injonctions genrées obligent à acheter deux fois les mêmes objets (un vélo bleu pour le garçon, un vélo rose pour la fille), gonflant artificiellement la consommation.

Le patriarcat coûte cher aux femmes, mais il est extrêmement rentable pour les hommes, en particulier pour ceux qui détiennent le pouvoir économique et politique.

C’est pourquoi les hommes ne l’abolissent pas : ils y ont tout intérêt.

L’écriture inclusive permet de nommer cette inégalité économique, en dévoilant les mécanismes invisibilisés qui entretiennent la domination masculine.

La sororité comme réponse au patriarcat

Face à cette injustice systémique, la solution ne viendra pas des hommes, mais de la sororité.

La première étape de cette solidarité féminine est de prendre conscience de sa propre valeur. Tant que les femmes ne se considèrent pas elles-mêmes comme précieuses et légitimes, elles auront du mal à se soutenir mutuellement.

Dans mes spectacles et formations, je travaille à redonner aux femmes ce sentiment de valeur et via l’écriture inclusive : 

  • Elles ont le droit d’être entendues et respectées.
  • Elles ont droit à la sécurité et à l’équité.
  • Elles doivent considérer toute injustice comme intolérable.

La sororité commence par soi-même, en étant sa propre alliée avant de pouvoir être celle des autres.

Et c’est aussi ce que permet l’écriture inclusive : elle crée un langage qui reconnaît toutes les femmes, qui les place au centre du discours et non plus en périphérie.

L’heure de l’action : faut-il aller plus loin ?

Le militantisme féministe repose depuis longtemps sur des marches, des chants et des slogans revendicatifs. Mais ces actions suffisent-elles encore aujourd’hui ?

Je discutais récemment avec mon amie Eva Darlan, grande comédienne engagée, et nous constations que, depuis des décennies, nous chantons et nous dansons dans les manifestations.

Et les hommes adorent ça : les femmes qui dansent et qui chantent, c’est joli, ça met de l’ambiance.

Mais quand est-ce qu’on commence à brûler des choses ?

Car soyons honnêtes : c’est en mettant le feu à l’injustice qu’on finit par la faire disparaître.

Dans les premiers mois du mouvement Nous Toutes, il y a eu une manifestation réunissant 500 000 personnes dans les rues. Le même jour, un groupe de Gilets Jaunes, à peine 9 000 manifestant·es, a organisé une marche non prévue à cette date.

Le résultat ?

Les médias n’ont parlé que des Gilets Jaunes.
Pourquoi ? Parce qu’ils ont brûlé des choses, créant un “événement médiatique”.

C’est un constat amer, mais réel : la violence attire l’attention, surtout dans un monde où les décisions politiques sont dictées par l’audience et le buzz médiatique.

Les manifestations féministes sont massives, puissantes, organisées, mais elles restent pacifiques. Et c’est précisément ce qui rend leur impact moindre aux yeux des médias.

L’écriture inclusive permet de rendre visibles ces mécanismes, en refusant que les femmes et leurs luttes soient marginalisées.

Faut-il utiliser d’autres formes de lutte ?

Il y a une vraie réflexion à mener : comment se faire entendre sans tomber dans un cycle de violences qui renforce les répressions patriarcales ?

Évidemment, la violence ne doit pas être une finalité, mais il est urgent de faire peur aux oppresseurs.

  • Les vitrines des entreprises du CAC 40 pourraient être une cible symbolique.
  • Détruire les symboles du capitalisme patriarcal pour dénoncer l’exploitation des femmes.
  • Forcer les gouvernements à écouter, en montrant que nous ne sommes pas qu’une “manifestation décorative”.

Mais la réponse étatique est implacable : l’arsenal policier est renforcé pour protéger les intérêts du patriarcat.

L’écriture inclusive peut être une arme pacifique, car elle déconstruit la langue dominante, un outil central de l’oppression. Changer les mots, c’est changer les mentalités.

La véritable arme contre le patriarcat, c’est la sororité.

Une oppression ne fonctionne que si les opprimé·es sont divisé·es. C’est la stratégie du patriarcat depuis toujours :

  • Mettre les femmes en rivalité.
  • Créer des fractures entre les luttes féministes.
  • Isoler celles qui dénoncent trop fort.

Si 30 % des femmes s’unissaient dans une alliance sorore radicalele patriarcat s’écroulerait en cinq minutes.

Le maître a besoin de l’esclave. L’esclave, en revanche, n’a pas besoin du maître.

C’est ce que nous devons comprendre et appliquer dans nos luttes.

L’écriture inclusive, en rendant chaque femme visible dans le langage, est une première étape de cette révolution sorore.

Pour approfondir cette réflexion, un podcast va être lancé avec Julie Maranger et Willem Pilat.

Un épisode par mois, à partir de février où l’écriture inclusive a sa place.
Un espace de réflexion sur la sororité et ses défis.
Des échanges sur les trahisons entre femmes, la place de la sororité dans les luttes militantes et féministes.

Car oui, les trahisons existent. Beaucoup de femmes ont subi des attaques venant d’autres femmes. Moi-même, j’ai vécu des événements violents l’année dernière, venant non pas d’hommes, mais de femmes.

Il ne s’agit pas d’ignorer ces réalités, mais de les comprendre et d’y répondre avec intelligence.

La sororité est notre seule porte de sortie.

Un élément essentiel à comprendre qui n’est pas en lien avec l’écriture inclusive :

Ce n’est pas le manque de sororité qui permet au patriarcat d’exister.
C’est le patriarcat qui organise le manque de sororité.

Le patriarcat a été pensé, construit et perfectionné pour empêcher les femmes de s’unir.

Dès l’enfance, on apprend aux filles à être en rivalité.
Les rôles genrés les maintiennent isolées les unes des autres.
Les luttes féministes elles-mêmes sont souvent fracturées par des débats internes.

Il faut renverser cette dynamique en choisissant la solidarité radicale.

L’écriture inclusive favorise cet élan collectif, en mettant toutes les femmes sur un pied d’égalité linguistique.

Le mot de la fin sur « l’écriture inclusive »

La sororité n’est pas une évidence. Elle ne nous a pas été enseignée.

L’éducation patriarcale a instauré des réflexes qui nous poussent à la division plutôt qu’à l’unionL’échec de la sororité n’est pas une faute individuelle :

C’est un produit du patriarcat.
C’est un mécanisme entretenu depuis des siècles.
C’est la preuve que le système fonctionne.

Mais hacker le système, c’est créer la sororité malgré nos divisions.

Malgré nos parcours différents.
Malgré nos désaccords, même sur des sujets féministes.
Malgré les oppressions que nous vivons différemment.

Si nous réussissons, alors nous brisons un des piliers du patriarcat.

Et l’écriture inclusive est un premier pas vers cette transformation, car elle redonne une place aux invisibilisées dans le langage lui-même.

Qui sont tes rôles modèles ?

Lorsqu’on parle d’inspiration, on cite souvent des figures féministes marquantes.

  • Andrea Dworkin
  • Christine Delphi
  • Maya Angelou
  • Christiane Taubira
  • Virginia Woolf

Mais aucune d’elles n’est parfaiteEt ce n’est pas grave.

« Même avec moi-même, je ne suis pas toujours d’accord à 100% ! »

Il est essentiel de sortir de cette idée toxique de la perfection militante.

Personne n’a un parcours irréprochable.
Même les figures féministes ont fait des erreurs.
Mais cela ne doit pas nous empêcher d’admirer et de nous inspirer de leur travail.

Prenons l’exemple de Simone de Beauvoir.

Elle a signé une tribune problématique, sous l’emprise de Sartre et Lanzmann, qui étaient eux-mêmes pédocriminels.

Faut-il alors tout jeter de son travail ?
Non, car elle a aussi apporté une pensée féministe essentielle.

La cancel culture est une arme importante contre les oppresseurs.

Un violeur ne doit pas être dissocié de son “art”.
Un agresseur ne mérite pas d’être protégé sous prétexte qu’il est talentueux.

Mais cette approche ne peut pas s’appliquer de la même manière aux opprimé·es.

Signer une tribune sous emprise, ce n’est pas commettre un crime.
Se tromper dans une analyse féministe, ce n’est pas une violence.

Si nous annulons chaque femme pour une erreurnous finirons par nous éliminer les unes les autres.

L’écriture inclusive est un moyen de remettre de la nuance dans nos échanges.
Elle nous permet de construire un féminisme qui accepte l’imperfection humaine.
Elle ouvre la porte à des débats qui enrichissent plutôt qu’ils ne détruisent.

Quelles ressources recommanderaient-tu aux personnes qui nous écoutent ?

Les ressources pour approfondir ces sujets sont nombreuses (et ne sont pas qu’en rapport avec l’écriture inclusive)

Andrea Dworkin pour une vision radicale du féminisme.
Christine Delphi et Nos amis et nous pour déconstruire les rapports de domination.
Les podcasts féministes (dont celui d’Esthel Cozzi !).
Les comptes Instagram engagés, y compris ceux avec lesquels nous ne sommes pas toujours d’accord.

Pour aller plus loin, voici quelques pistes :

Sur le féminisme et la sororité

  • Nos amis et nous – Christine Delphi
  • Mémoire Traumatique et Victimologie – Dr Muriel Salmona
  • Le collectif féministe contre le viol
  • Le centre Roberta Pappenheim

Sur l’écriture inclusive et le langage féministe

  • Non, le masculin ne l’emporte pas sur le féminin – Éliane Viennot
  • TEDx de Typhaine D sur l’écriture inclusive

Sur les liens entre féminisme et animalisme

  • Ce que murmurent les animaux – Véronique Marcus
  • Le compte Instagram de Coexister

Musique et culture engagée

  • Louise Adona
  • Mathilde
  • Les spectacles de Typhaine D rédigé avec l’écriture inclusive

Pourquoi ?

Parce que c’est en confrontant nos idées que nous nous renforçons.
Parce que comprendre nos désaccords permet d’affiner nos arguments.

Et surtout :

Continuer à écouter les femmes.
Pratiquer l’écriture inclusive pour inclure toutes les voix.
Apprendre à reconnaître et célébrer la lumière des autres sans se sentir diminuée.

« Quand une femme brille, elle ne fait pas d’ombre. Elle éclaire. »

L’écriture inclusive est bien plus qu’un simple choix linguistique.

C’est un acte politique.
C’est une réponse à l’invisibilisation des femmes.
C’est une manière de rendre notre pensée plus juste et inclusive.

Quand nous disons spectateur·rice·s au lieu de spectateurs, nous ne faisons pas qu’ajouter un point.

Nous donnons une place égale aux femmes dans le langage.
Nous déconstruisons l’idée que le masculin est la norme.
Nous ouvrons la voie à des identités non binaires et à une pensée plus fluide.

Et c’est bien pour cela que les masculinistes s’y opposent si violemment.

“En trois ans, nous avons eu 12 propositions de loi pour interdire l’écriture inclusive.”

Pourquoi tant d’acharnement ?

Parce que le langage structure la pensée.

Et si nous changeons notre manière de parler, nous changeons aussi notre manière de penser.

Quelle est ta vision du féminisme ?

Le féminisme n’est pas une modeni une opinionni une posture extrême.

C’est une lutte pour l’égalité et la justice.
C’est une remise en question des structures de domination.
C’est un combat pour que chaque personne puisse exister pleinement.

Et il ne s’arrête pas aux femmes.

Le féminisme s’attaque à toutes les oppressions :
Les violences sexistes et sexuelles
L’invisibilisation des minorités
L’exploitation des personnes et des animaux

C’est pourquoi le féminisme ne peut être dissocié de l’antiracisme, du classisme, du validisme et de l’animalisme.

La sororité est souvent fragilisée par les divisions que le patriarcat entretient.

Comme l’a dit Geneviève Fraisse :

“Les femmes arrivent à être sorores dans l’oppression, mais plus dans l’émancipation.”

Autrement dit, tant que nous luttons ensemble contre une même oppression, nous sommes unies.

Mais dès qu’une femme s’émancipe, brille, réussit, elle est souvent jugée et critiquée.

La vraie révolution féministe passe par le soutien entre femmes.

S’inspirer des réussites des autres sans les jalouser.
Encourager nos consœurs au lieu de les rabaisser.
Accepter que nous avons toutes des parcours différents et des manières variées de militer.

En somme, nous devons réapprendre à nous soutenir sans attendre la perfection de nous-mêmes ou des autres.

“Rapprochez-vous des femmes qui brillent dans leurs sujets. Cela ne veut pas dire qu’elles valent plus que vous. Brillez aussi à votre manière.”

Le féminisme ne peut être un mouvement égoïste.

S’il ne prend en compte que les femmes blanches, valides, cisgenres et de classes favorisées, il échoue dans sa mission.

Il doit être antiraciste.
Il doit être accessible à toutes les femmes, peu importe leur parcours.
Il doit aussi s’interroger sur la domination exercée sur d’autres êtres vivants.

Comme l’explique Typhaine D :

“Être féministe sans être animaliste, donc végane, ça n’a pas de sens.”

Pourquoi ?

Parce que la lutte contre le patriarcat repose aussi sur une remise en question des systèmes de domination.

Les oppresseurs utilisent la même logique pour asservir les femmes que pour exploiter les animaux.
Le contrôle du corps des femmes et le contrôle du corps des animaux sont liés.

Ne pas voir ces connexions, c’est refuser d’aller au bout du combat.

À lire : Ce que murmurent les animaux de Véronique Marcus.

Qui aimerais-tu voir au micro de Matrimoine Féministe ?

Il y en a tellement ! Mais je pense tout de suite à Rukiata Ouedraogo. C’est une femme au parcours extraordinaire, une survivante, une héroïne. Elle est Franco-Burkinabé. Elle est arrivée en France à 18 ans. C’est une autrice, une très belle autrice. Elle vient de sortir des contes sur RMC, Les contes de Rukiata.

Elle a été chroniqueuse pendant des années dans l’émission de Charline VanhoenackerPar Jupiter. À ma connaissance, à ce moment-là, elle était la seule voix féminine d’Afrique subsaharienne qu’on entendait sur la radio publique française. C’est important. Aujourd’hui, elle continue sur RMC, elle fait des spectacles magnifiques, elle se mobilise pour les femmes contre l’excision et en parle avec énormément de force et de poésie.

Avec sa maman, elles ont créé une association au Burkina Faso pour venir en aide aux femmes déplacées par les conflits armés. Cette asso s’appelle Zoodo. Elle aurait tellement de choses à partager. Elle est merveilleuse.

Je pense aussi à Justine Masika Bihamba, qui pourrait peut-être témoigner à distance puisqu’elle vit à Goma, en République démocratique du Congo, dans la région des Grands Lacs, au Nord-Kivu. Elle a cofondé la Synergie des femmes pour les victimes de violences sexuelles, un groupement d’associations qui a soutenu près de 20 000 femmes victimes de viols, notamment de viols de guerre, qui sont de véritables actes de torture. La plupart des survivantes accompagnées par ce collectif deviennent militantes à leur tour. C’est un travail essentiel, dans des conditions de dénuement total.

Elle a publié un livre, Femmes debout face à la guerre, qui est sorti l’année dernière aux éditions de L’Aube. Si tu veux lui proposer une interview, je peux vous mettre en contact. C’est une immense héroïne.

Et puis je pense aussi à Caroline Darian. Elle aurait beaucoup de choses à dire.

En effet, ce sont des femmes incroyables. J’adorerais les interviewer.

Moi, les femmes qui m’inspirent le plus sont celles qui sont sur le terrain, qui survivent à des violences terribles et qui, malgré tout, continuent à lutter. Ce sont des héroïnes. Ce sont les femmes d’Iran, les femmes d’Afghanistan, les femmes d’ici. Finalement, tous les viols sont des viols de guerre d’une certaine manière, car c’est la guerre des hommes contre les femmes.

Merci pour ces recommandations précieuses. Et pour finir, que signifie le terme féminisme pour toi ?

Je l’ai dit tout à l’heure : le féminisme est l’idée radicale selon laquelle les femmes sont des personnes. Mais je peux ajouter que pour moi, c’est la volonté d’abolir toutes les violences et discriminations. Donc forcément, cela inclut l’antiracisme, l’anticlassisme, l’antivalidisme, l’anticapitalisme, l’animalisme, l’écoféminisme… et bien sûr, l’écriture inclusive, car la langue est un outil puissant pour visibiliser les femmes et lutter contre leur invisibilisation systémique.

Mais c’est d’abord et avant tout du féminisme. Parce que les premières oppressions n’ont pas été raciales, elles ont été sexistes. Avant que des groupes humains ne rencontrent d’autres peuples avec des couleurs de peau différentes, les hommes ont commencé par oppresser celles qui étaient sous leur nez : les femmes, les enfants, les animaux, la nature. C’est là la racine de toutes les autres oppressions.

Très belle définition. Merci infiniment pour cet échange si riche sur l’écriture inclusive.

Merci à toi. J’ai hâte d’écouter et de partager cet épisode sur l’écriture inclusive. Et surtout, merci pour ton travail. Tenir un podcast seule demande une énergie folle, je le réalise d’autant plus que je me lance dans Sororité – la podcast. Franchement, bravo. Plein de sororité et de force à toi.

Merci beaucoup pour ce podcast sur l’écriture inclusive et à bientôt tout le monde !

INFORMATIONS COMPLÉMENTAIRES

Ses rôles modèles et ressources mises en avant dans l’épisode « l’écriture inclusive »

  • Andrea Dworkin
  • Christine Delphi
  • Maya Angelou
  • Christiane Taubira
  • Virginia Woolf
  • Nos amis et nous – Christine Delphi
  • Mémoire Traumatique et Victimologie – Dr Muriel Salmona
  • Le collectif féministe contre le viol
  • Le centre Roberta Pappenheim
  • Non, le masculin ne l’emporte pas sur le féminin – Éliane Viennot
  • TEDx de Typhaine D sur l’écriture inclusive
  • Ce que murmurent les animaux – Véronique Marcus
  • Le compte Instagram de Coexister
  • Louise Adona
  • Mathilde
  • Les spectacles de Typhaine D qui utilisent l’écriture inclusive

Retrouvez Typhaine D et sa thématique de l’écriture inclusive

Épisodes complémentaires à écouter à l’écriture inclusive

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