Bonjour, bonsoir aux personnes qui nous écoutent dans ce podcast hebdomadaire. Je suis en compagnie de Mohamed Nassiri avec qui nous allons parler du sujet les femmes et les sciences. Et je t’avais rencontrée sur LinkedIn parce que j’avais bien aimé le travail que tu faisais. Donc voilà, je te laisse te présenter de la manière dont tu le souhaites.
Oui, bonjour aussi à toutes et à tous. Je m’appelle Mohamed Nassiri, j’ai 36 ans, je suis le fils de Catherine Nassiri et de Mohamed Nassiri et à côté de ça, j’enseigne, du coup je suis professeur de mathématiques dans les Hauts-de-France dans un petit lycée qui est le lycée d’excellence Edgar Morin et je donne également des cours dans le supérieur à l’université de Lille, à Sciences Po, à Lille, tout ça.
Et à côté de ça je suis on va dire engagé, c’est le terme qu’on me colle souvent, je suis engagé sur tout ce qui touche aux inégalités on va dire de manière générale dans l’éducation nationale et l’une des casquettes sur lesquelles je suis un peu plus connu, je ne sais pas si c’est le bon terme, mais c’est les inégalités de genre et le rapport entre les femmes et les sciences, voilà.
Ok, hyper intéressant et du coup, par curiosité, c’est quoi qui t’a amené à t’intéresser à tout ça pour le fait que tu sois engagé concernant les femmes et les sciences ? Je ne sais pas si tu as un peu des insights sur le nombre d’hommes engagés sur ce sujet, parce que c’est vrai qu’en général, c’est des sujets que je parle beaucoup avec les femmes, mais moins avec les hommes, donc si, voir ce que tu en penses de tout ça.
I. Le constat alarmant : la réforme du lycée et la fuite des mathématiques
1. L’impact brutal de la réforme sur les filles
Alors, comment ça a commencé ? Si je parle des inégalités de genre et du lien entre les femmes et les sciences, en fait, c’est la réforme du lycée, tout simplement. La réforme du lycée, enfin, moi, j’enseigne au lycée, donc ça a été une espèce de claque quand même qu’on s’est pris et qu’on s’est pris parce qu’en fait, on a vu les filles fuir les mathématiques, en fait. Elles ont fui tous les parcours de mathématiques, que ce soit faire 6 heures, faire 3 heures ou faire 9 heures par semaine de maths, notamment en terminale si je suis assez précis, en fait quand on regarde les statistiques, ça a chuté.
La réforme du lycée a mis ça, ça a été un révélateur je pense. Il y a des problèmes, on en parlera, mais il y a des problèmes qui sont plus profonds que ça et en fait du coup la réforme du lycée elle a aggravé ces inégalités concernant les femmes et les sciences en fait. C’est vraiment ça, il y a vraiment une aggravation de cette problématique. Et donc, c’est ce qui m’a, en fait, moi, très vite surpris.
2. Le sentiment d’illégitimité et les stéréotypes de genre
Et en fait, quand j’ai commencé à discuter avec des élèves, et de pourquoi, notamment des élèves filles, de pourquoi elles fuyaient les mathématiques. Moi, ça me surprenait, parce qu’en fait, c’était des élèves qui étaient brillantes, parfois, ou alors moyenne, mais pour moi quand on a, je vais dire une bêtise, entre 11 et 13 de moyenne en maths, pour moi on peut continuer à faire des maths en fait, c’est pas un problème.
Et en gros les arguments c’était souvent qu’elles ne se reconnaissaient pas ou des fois elles ne se sentaient pas légitimes ou elles ne se sentaient pas assez fortes pour continuer dans un cursus liant les femmes et les sciences. Ou que les métiers, des fois où je leur parlais de choses qu’elles pourraient faire si elles prenaient telle ou telle spécialité, c’était « ouais, mais ça, c’est des métiers d’hommes, en fait, où il y a plus d’hommes que… » Donc, en fait, c’est des choses très stéréotypées, enfin, moi, qui m’ont surpris.
3. Un engagement masculin trop rare face au sexisme
Je pense en tant que mec, en fait, je n’avais jamais vu le problème comme ça, en tout cas. Moi, je n’ai jamais vécu de stéréotype de genre. Je n’ai jamais été victime de ça, je dirais. En tout cas, pas une victime directe.
Donc voilà, c’est un truc qui m’a un peu questionné sur la place entre les femmes et les sciences. Donc très vite, quand j’ai commencé à réfléchir, à trouver des solutions, en fait, on est très, très vite sur le terrain de l’engagement, en fait, parce qu’on se rend compte qu’il n’y a pas grand-chose qui est fait, déjà pour commencer, institutionnellement, il n’y a pas grand-chose qui est fait.
Et après, effectivement, c’est ce que tu disais tout à l’heure, c’est que moi, je ne trouve pas qu’il y ait beaucoup d’hommes engagés pour défendre les femmes et les sciences. En tout cas moi j’en croise pas beaucoup on est quand même quelques-uns on se connait très vite et effectivement c’est problématique parce que c’est relié au je dirais de manière plus profonde ce truc est relié au sexisme pour faire simple.
Et moi, parfois, c’est un truc qui m’attriste un petit peu quand j’interviens sur des colloques ou des conférences ou des tables rondes sur cette question-là, quand je vois que dans l’Assemblée, il y a 90% de femmes, 95% de femmes pour ce que j’appelle un problème d’hommes. Donc, c’est un peu problématique.
II. La preuve par la science : comprendre la menace du stéréotype
1. L’expérience de la figure de Rey : Art plastique vs Géométrie
Ouais je comprends et je reviens ce que tu dis et ça me fait penser parce que j’avais regardé ton TEDx, t’avais présenté qu’il y avait une étude avec un test pour les filles et les garçons pour illustrer le rapport entre les femmes et les sciences.
Oui, en fait, c’est une expérimentation qui a été faite par Pascal Huguet et Isabelle Régnier, qui sont deux chercheurs, chercheuses, j’espère ne pas dire une bêtise, mais je crois que c’est psychologie cognitive, avec partie neurosciences, je pense que je ne me trompe pas en disant ça, à Marseille. Donc, le test s’appelle la figure de Rey Austerit. Et en fait, ça permet de mesurer… Alors, je vais essayer de vraiment vulgariser, mais mesurer l’intelligence spatiale, pour faire simple, ce qui est utile pour comprendre les capacités liant les femmes et les sciences.
Alors, il faut savoir un truc, c’est qu’à la base, j’ai discuté du coup avec les deux quand c’était une formation qu’ils avaient faite et même une intervention sur laquelle on s’était retrouvés. En fait, ils disaient qu’au tout départ, ils ne travaillaient pas sur les inégalités de genre ni spécifiquement sur les femmes et les sciences. Ils travaillaient sur est-ce que si on présente un exercice de mathématiques différemment à des élèves en difficulté et pas en difficulté, est-ce qu’en fait, il y aura un changement ? C’était ça le truc. Donc, le but, en fait, c’est de donner une figure géométrique.
Et en fait, de dire à un groupe, là, on va vous faire un exercice d’art plastique et à vous, on va vous faire un exercice de géométrie. En gros, c’est ça. Et donc, ils avaient, je ne retiens jamais, mais c’est à peu près ça l’idée, ils avaient un certain temps pour le retenir, retenir le dessin.
Après, on leur cachait et il fallait qu’ils refassent le dessin. Il fallait qu’ils refassent le dessin, il fallait qu’ils refassent les mêmes traits. Et bien en fait, au groupe à qui on a dit que c’était de l’art plastique, les filles ont mieux réussi que les garçons. Et au groupe à qui on a dit que c’était des mathématiques, domaine souvent associé à l’opposition les femmes et les sciences, les garçons ont mieux réussi que les filles.
Alors que c’est le même dessin. C’est juste que c’est la manière de présenter qui a changé. Et en fait, à la base, c’était pas ça. Ils ne travaillaient pas sur ça. En fait, vraiment, ils travaillaient sur est-ce que si on présente ça différemment à des élèves en difficulté, comme quoi c’est un truc d’art plastique, est-ce qu’ils vont mieux réussir ou pas ? En fait, ils se sont rendus compte que l’écart, quand ils ont regardé leur donnée, que c’était beaucoup plus frappant l’écart sur le genre en fait, entre filles et garçons, soulignant un biais concernant les femmes et les sciences.
2. Le mécanisme de la menace du stéréotype expliqué par Claude Steele
Et donc, l’explication qu’ils ont de ça, c’est Claude Steele qui avait trouvé ça aux États-Unis en faisant des tests de mathématiques à Harvard. C’est ce qu’on appelle la menace du stéréotype, en fait. Et donc, en fait, Claude Steele, il travaillait sur les Afro-Américains à Harvard. Alors, il faut savoir qu’à Harvard, la situation sociale et économique des étudiants et étudiants à Harvard, c’est la même quasiment parce qu’en fait, c’est que des riches qui vont là-bas, c’est super cher, donc voilà.
Et donc, Claude Steele, lui, comme on a le droit de faire des statistiques ethniques aux États-Unis, lui, il avait regardé est-ce que, enfin, pourquoi les Noirs américains, ils ont des moins bonnes notes que les personnes blanches ? Une logique similaire s’applique quand on parle de les femmes et les sciences. En fait, c’était ça son truc. Et en fait, c’est le même truc qui se joue un petit peu.
C’est cette menace du stéréotype c’est quand vous êtes quand vous vous sentez minoritaire dans un groupe ou pas légitime en fait vous allez moins bien performer en fait sur vos et ça joue vraiment sur les performances c’est ça qui est important à dire, ce qui impacte directement les femmes et les sciences.
Vous allez moins bien performer parce qu’il y aura du temps de… ça se mesure à la milliseconde en fait, mais il y aura du temps de retard au démarrage dans le cerveau et pour pouvoir exécuter des tâches et donc en fait ça va bloquer la réflexion, la compréhension de certaines choses.
Et en fait on pourrait… pareil je peux vulgariser un petit peu mais en fait moi souvent ce que je dis parce que parfois quand je parle de ça je me rends compte qu’il y a des gens qui n’arrivent pas à comprendre le truc et alors moi j’ai pas peur de dire personne blanche et tout donc j’espère que ça choquera pas.
Mais parfois, souvent, j’explique aux personnes blanches, je leur dis, mais en fait, c’est facile de rendre des hommes blancs nuls en mathématiques, parce que moi, j’en vois souvent des hommes blancs en mathématiques, c’est pour ça que je dis ça. Et je dis, c’est facile de rendre des hommes blancs nuls en mathématiques, il suffit de faire un test où on vous dit au début, tiens, c’est juste, on fait pareil que Claude Steele, en fait, Harvard, pour illustrer les biais comme ceux touchant les femmes et les sciences.
On dit, ben voilà, on veut juste tester vos compétences en mathématiques, donc ils vont avoir des super notes, et puis on refait le même test un mois plus tard, et on leur dit, ben en fait, on veut tester vos compétences en mathématiques, mais on aimerait les comparer par rapport à des étudiants asiatiques. Et ben en fait, là, il y a une menace du stéréotype qui va s’activer, parce que, ben ils vont se dire, ouais, mais en fait, les asiatiques sont plus forts que nous, donc en gros, ils ne vont pas se sentir légitimes, et ils vont moins bien performer.
Moi, je suis prêt à ce qu’on refasse le test en faisant ça, parce que je suis quasiment sûr que sur les performances, ça va jouer. Donc c’est ça, en fait, la menace du stéréotype, et ce qu’il y a derrière cette histoire de figure, du test de Ray Austeritz qui explique beaucoup sur les femmes et les sciences.
3. La surperformance des filles en situation de non-mixité
Et il y a aussi des données, alors qu’ils ne sont pas souvent partagées, je trouve ça dommage parce que moi, c’est ce qui légitime parfois des actions que je fais. C’est qu’en fait, ils avaient fait aussi des tests sur des groupes non mixtes. C’est-à-dire qu’ils avaient fait aussi des tests en disant, là, vous n’êtes qu’entre garçons, là, vous n’êtes qu’entre filles. Et ce qui est marrant dans ces trucs-là, c’est qu’il n’y a plus d’écart entre les filles et les garçons, ce qui est un point clé pour les femmes et les sciences.
Donc c’est assez surprenant aussi que la non-mixité, encore une fois, je ne suis pas en train de dire qu’il faut faire des écoles filles-garçons, ce n’est pas ça le truc, mais c’est marrant que la non-mixité a ce pouvoir de faire surperformer à un moment précis. Je pense qu’il faut regarder ça de très près, voir comment ça peut être adapté, même si c’est un peu difficile.
Mais il y a quelque chose, à partir du moment où ça s’ajoute sur les performances, c’est quelque chose qu’on peut aussi envoyer comme information, je ne sais pas, au monde économique. Vous voulez des performances économiques, regardez ce que vous dit la science et regardez ce que ça peut proposer pour les femmes et les sciences.
III. L’impact de l’environnement scolaire et les biais inconscients
1. Un problème sociétal et multifactoriel
Oui, c’est hyper intéressant tout ce que tu nous as présenté. Merci pour ça. Et du coup, ça me fait penser que justement, en effet, les filles se sentent moins légitimes que les garçons. Et du coup, qu’est-ce qu’on peut mettre en place pour se sentir plus légitime dans ce domaine reliant les femmes et les sciences? Bien sûr, dans les choses qui me viennent, c’est mettre en avant des rôles modèles, faire des ateliers, ce que tu pourras en parler juste après, comme tu fais pour inciter les filles à découvrir les mathématiques en non-mixité de ce que j’avais compris.
Et aussi même des jeux de cartes pour sensibiliser aux inégalités, parce que ça me fait penser à ce que j’avais discuté avec une autre prof, Caroline Peiffer, dans mon podcast, c’était que le sexisme était aussi présent bien dans les bulletins scolaires, parce que, par exemple, une fille et un garçon, ils avaient 13 en mathématiques, pour la fille, c’est « peut mieux faire », et pour le garçon, c’est « n’a pas développé tout son potentiel ». Donc déjà, même avec le vocabulaire, ce qu’on peut employer, ce qu’on peut donner, ça peut créer des écarts dans la perception de les femmes et les sciences.
J’avais vu une étude sur le fait que les petites filles, dès l’âge de 6 ans, en fait, elles se rendent compte des inégalités. Elles se sentent inférieures aux garçons qui… On leur permet plus de choses. Ils peuvent plus prendre la place. Il y a plein de petites choses qui font que, dès notre construction sociale, on apprend en regardant, quoi, et cela affecte la vision de les femmes et les sciences.
Oui, alors il y a plein de trucs à faire en fait. Le souci de ce genre de problématique, c’est que c’est… C’est que c’est sociétal, en fait, déjà. Donc, c’est sociétal et c’est galvaudé comme terme, mais c’est multifactoriel, quoi. Enfin, moi, c’est un truc que je dis souvent, c’est qu’en fait, sur les filles et sur les femmes, en fait, ça tape dans tous les côtés, quoi, y compris sur les femmes et les sciences. Il y a l’éducation, il y a l’école, il y a les réseaux sociaux, il y a le travail. Enfin, ça ne s’arrête jamais, en fait.
C’est parfois ce que je dis pour que mes collègues, en fait, ne se sentent pas non plus devoir porter un espèce de fardeau, parce que justement, là, il y a une prise de conscience sur les inégalités de genre. Et ils disent, ouais, mais ce n’est pas à nous de régler le problème de les femmes et les sciences.
Mais en fait, effectivement, ce n’est pas à nous de régler le problème, mais on doit au moins arrêter de faire des conneries quand on sait qu’on en fait. Pour moi, c’est ça le truc, c’est qu’à partir du moment où on sait que ce qu’on fait là, ça ne va pas, bon, du coup, est-ce qu’on ne pourrait pas déjà changer certains gestes professionnels ?
Mais après, il y a des choses qui sont systémiques à changer. Et là, pour le coup, on n’a pas le pouvoir. Moi, c’est ce que je dis notamment sur la réforme du lycée. pour moi, la réforme du lycée, il y a des choses qui ont été cool, en fait. Vraiment, il y a des choses que je trouve bien, l’arrivée d’une discipline comme la NSI, donc les numériques, sciences informatiques, qu’il n’y avait pas avant, je trouve ça super, mais ça arrive déjà trop tard, en fait, pour aider vraiment les femmes et les sciences.
Ça arrive… On commence à parler de la NSI qu’en première, donc ça arrive trop tard. Si on veut, là, on est en train de parler d’IA, de choses comme ça, actuellement, mais là… désolé, mais on est à la ramasse, en fait.
Enfin, si on voulait vraiment faire ça, il fallait suivre l’exemple de l’Inde ou d’autres pays qui, justement, là, maintenant, sont parmi les pionniers et pionnières, justement, dans l’IA ou dans l’informatique, parce que, justement, ils ont une culture de ça. Enfin, c’est enseigné très tôt. Et là, nous, on a raté le coche concernant l’intégration de les femmes et les sciences. Donc, en fait, je pense que honnêtement, on aura du mal à récupérer ça. En fait, encore une fois, c’est des choses qui sont systémiques.
Et quand on sait que ça ne va pas, moi, c’est un petit peu le reproche que j’ai actuellement par rapport à la réforme du lycée, c’est qu’on sait que là, ça merde, en fait. C’est statistique. En plus, c’est même pas moi qui le dis, c’est le service statistique du ministère de l’Éducation nationale, qui est l’ADEP, qui fait des chiffres en disant, en fait, on a de moins en moins de filles. Donc, oui, OK, maintenant que vous le dites, qu’est-ce qu’on fait pour les femmes et les sciences ? Parce que là, ça n’a pas l’air de trop bouger votre histoire. Donc c’est un vrai souci, effectivement, systémique.
Après, oui, effectivement, il y a un tout dernier rapport de ce fameux truc, de l’ADEP, qui s’appelle « Vers le chemin de l’égalité », je crois, c’est ça qui est « Vers le chemin de l’égalité » de 2025. Donc c’est un rapport sur les chiffres de 2024 qui justement indique que le climat scolaire, notamment dans les établissements scolaires, en fait les filles se sentent moins bien, enfin moins en sécurité que les garçons et que en fait ça s’aggrave en fait. Donc il y a ça aussi qui est problématique pour les femmes et les sciences.
On a moins de filles en sciences également et ça c’est vraiment parmi, notamment en terminale, ce qu’on appelle les doublettes de spécialité. En fait, les mathématiques avec la physique chimie ou les mathématiques avec l’informatique, ça fait partie des doublettes de spécialité dans lesquelles les filles sont moins nombreuses. Donc, on est au niveau des barres de 35% et en dessous. Donc, ça, c’est un vrai souci pour les femmes et les sciences. Et donc, il y a beaucoup de choses à faire, en fait.
C’est ça le souci, c’est qu’en fait, il faut vraiment mettre le dossier sur la table de l’égalité, parce que ça a été apparemment, à un moment, la grande cause du quinquennat, mais parmi les 500 qu’il y avait à côté, quoi. Mais donc, c’est aussi un des problèmes de ne pas prendre vraiment à bras-le-corps un souci comme celui-là, parce que moi, c’est un petit peu aussi quelque chose que je trouve… injuste en fait, c’est que ça touche quand même une personne sur deux en fait en ce qui concerne les femmes et les sciences.
Il y a une personne sur deux en France qui est une femme, donc vous êtes même un peu plus nombreuses que les hommes, mais c’est quand même fou de se dire qu’en fait, on ne se dit pas « tiens, on va quand même prendre le problème à bras-le-corps » parce que là, imaginons que je suis juste un très cynique, en fait, on perd des futures, peut-être brillantes chercheuses, ingénieures, parce qu’elles sont victimes de sexisme où on les a mis de côté, on ne les a pas assez encouragées.
2. L’analyse des bulletins scolaires : Compétences vs Attitudes
Et en fait, il y a des choses, je vais citer parce que tout à l’heure, tu parlais de notes, je crois, d’appréciation sur les notes concernant les femmes et les sciences. Il y a une étude sur des bulletins qui a été faite en 2022, qui est très récente du coup, sur 750 000 bulletins. Donc, on n’est pas très loin du million de bulletins, c’est énorme. C’est par Pauline Charousset et Marion Monnet qui montrent en fait que les enseignants, quand ils mettent des appréciations sur les bulletins, en fait, ils séparent deux choses, ce qu’on appelle les compétences et l’attitude.
En fait, les compétences, parce qu’après, ils ont fait ça sur un graphique qui est très bien fait, sur les compétences, sur les 750 000 bulletins, il n’y a aucune occurrence positive, donc des mots qui reviennent souvent, il n’y a pas de mots qui reviennent souvent pour donner des compétences positives aux filles. Il y en a sur 750 000, c’est-à-dire que ce n’est pas rien, honnêtement, et c’est un constat dur pour les femmes et les sciences. Et par contre, chez les garçons, on en trouve des compétences positives. Et par contre, on s’est trouvé des compétences négatives chez les filles.
Donc ça, c’est assez fou, en fait, déjà. Et alors moi, souvent, quand je discute de ça avec les collègues, ils disent « non, ce n’est pas vrai, on a déjà mis élève sérieux et tout ». Sauf qu’en fait, ce n’est pas une compétence d’être sérieux, c’est une attitude. Et par contre, sur les attitudes, on sait très bien faire, ce qui impacte la perception de les femmes et les sciences.
Ça, c’est un truc que quand justement, on prend le graphe avec les compétences, donc c’est des points dans un repère, et après, on superpose celui avec les attitudes, en fait, il y a deux gros amas de points qui débarquent où c’est attitude positive des filles, donc avec sérieuse, souriante, des trucs comme ça.
Alors moi, par exemple, souriante, je ne sais pas ce que ça fout sur un bulletin. Moi, je m’en fous qu’une élève soit souriante, si elle fait la gueule toute l’année. mais qu’elle bosse ? Moi, ça me va, il n’y a pas de souci. Mais ça, on sait faire. Et il y a aussi, chez les garçons, on sait aussi les… comment dire, les apprécier, parce que c’est des appréciations, on sait aussi les apprécier sur leur attitude négative, genre se laisse vivre, des choses pas sérieuses. Et c’est deux gros blocs comme ça qui reviennent et ça indique quelque chose sur les femmes et les sciences.
3. La nécessité de se former malgré le manque de moyens
Mais après, effectivement, moi, par exemple, on ne m’a jamais formé pour remplir des bulletins. On m’a toujours dit que c’était quelque chose… de l’ordre du naturel, ou que de toute façon, on connaît nos élèves, donc oui, mais en fait, ça a des impacts, tous ces trucs-là, en fait. Alors, ok, ça paraît être une goutte d’eau, mais en fait, justement, ce que je disais tout à l’heure, comme ça tape dans tous les sens.
Ben en fait, si déjà nous, et c’est vraiment le discours que j’ai auprès de mes collègues pour aider les femmes et les sciences, je dis, mais si déjà nous, on se lave de tout ça, c’est-à-dire que, ok, là, on a merdé, on s’est rendu compte, mais venez, on se forme.
Et après, il faut qu’on nous forme aussi, c’est aussi ça le truc, c’est-à-dire que là, actuellement, les moyens dans l’information continue dans l’éducation nationale, c’est coupé en fait, il n’y a rien. Vraiment, c’est vrai. Donc, c’est cool de nous faire des procès parce que moi, je ne suis pas contre ça.
Moi, je ne suis pas contre de me remettre en question sur effectivement ça, ça ne va pas, ça ne va pas dans ma pratique envers les femmes et les sciences. Mais par contre, si je n’ai pas les moyens pour me former et qu’on me dise ce qui ne va pas et comment je peux trouver, comment je peux solutionner ça, je ne peux rien faire non plus en fait.
Mais là, c’est pour ça que je parlais de systémique. Et après, et je vais arrêter sur cette petite anecdote, mais je la trouve intéressante, il y a des choses qui peuvent… je pense d’un point de vue geste professionnel, et ça rejoint un petit peu l’histoire de la non-mixité, mais je pense que c’est important de visualiser comment moi je vois la non-mixité pour favoriser les femmes et les sciences.
IV. Cas pratique : L’expérience de la non-mixité en cours d’informatique
1. La prise de conscience face à la répartition des tâches
C’était une anecdote que j’avais racontée il n’y a pas longtemps, et en fait, quand j’avais commencé, justement quand j’ai commencé, donc ça rejoint l’introduction, quand j’avais commencé à me questionner sur la question des inégalités de genre, en fait moi du coup, comme un bon petit soldat fonctionnaire, je suis allé voir ce que proposait mon ministère, je suis allé dire, ok il y a peut-être des trucs qui existent pour les femmes et les sciences.
Et donc, tous les trucs, parler d’égalité fille-garçon. D’ailleurs, moi, je fais très attention à la sémantique. Pour moi, c’est important. Je ne parle pas d’égalité fille-garçon. Je ne parle jamais de ça. Je parle d’inégalité de genre. Parce que pour moi, j’insiste sur le fait que la situation, elle est inégalitaire. Elle l’est encore, justement. Elle l’est d’ailleurs beaucoup. Et quand on dit égalité fille-garçon, on se dit peut-être qu’on est en train de parler. C’est peut-être un objectif, mais en tout cas, pour moi, ça cache quelque chose sur les femmes et les sciences.
Et donc, je regarde tout ce qui se fait et finalement, je me rends compte qu’ils disent qu’il faut faire des trucs en parité, des trucs avec moitié fille, moitié garçon. Au début, je me dis, cool, je vais faire ça. Et en fait, par exemple, quand je fais des TP d’informatique en SNT, au tout début, j’avais dit à une classe, ok, on va faire des binômes fille-garçon. Donc, toute l’année, vous serez en binôme fille-garçon.
Vous pouvez échanger avec si ça ne vous plaît pas. Et en fait, ce qui se passe, alors il faut savoir qu’il y avait des binômes qui étaient garçons, garçons et filles, filles, parce qu’il n’y avait parfois pas assez d’élèves, et parfois il y avait des trinômes. Mais principalement, c’était des diplômes filles garçons pour tester la mixité dans les femmes et les sciences.
Je commence à faire ça mi-septembre. Et mi-février, un jour, durant un TP, je finis de faire mon appel. Je lève la tête. Et comme si, enfin, ce jour-là, ça m’a vraiment fait presque limite un peu peur. Parce que je lève la tête. et je me rends compte que tous les garçons sont sur les ordinateurs et toutes les filles sont en train de faire les comptes rendus, ce qui est l’opposé de ce qu’on veut pour les femmes et les sciences.
Et j’ai l’impression ce jour-là de faire une espèce de révélation. Alors, sur le moment, je me suis dit, ils sont en train de se foutre de moi parce qu’en fait, ils savent que je suis engagé. Donc, peut-être qu’ils sont en train de me faire une blague, en fait. Et je me dis, voilà. En gros, j’avais aussi ce côté de, je n’ai pas pu rater ça. Ce n’est pas possible. Pas sur autant de temps. Je ne suis pas bête à ce point-là.
Mais en fait, on est tellement dans le guidon de faire des trucs et tout qu’en fait, il y a des choses parfois qui paraissent bêtes comme ça, mais qu’on ne voit pas, en fait, sur le moment concernant les femmes et les sciences.
Et je me dis, bon, ok, je passe dans les rangs. Et en fait, quand je discute avec les élèves, je leur demande pourquoi vous êtes comme ça et tout. Mais les arguments, ils sont tout nuls. C’est, ouais, mais elle écrit mieux et tout. Voilà, ça va plus loin que ça des fois. Et donc, j’ai le même TP dans une classe juste après. Et en fait, pareil, c’est la même chose. Sauf qu’en fait, il y avait un binôme qui avait switché. Et c’était une fille qui était avec un garçon. Et c’était une fille avec beaucoup de caractère, ce qui aide pour s’imposer dans les femmes et les sciences.
En fait, ça, ça peut paraître bizarre, mais ça en dit long parce que quand on parlait de sexisme, Il y avait des lycéennes qui avaient échangé avec le Parisien dans un article où j’étais également et qui disaient que si on n’avait pas de caractère, c’était dur de se faire entendre au lycée quand on fait des sciences. Ça en dit long, ce n’est pas juste anecdotique de dire ça.
2. La décision radicale : imposer des binômes non-mixtes
Et en fait, sur le moment, je me dis que je ne peux pas laisser ça comme ça. Et en fait, il y a les vacances de d’hiver qui passent, les vacances de février, et je prends la décision de ne faire que des binômes, filles, filles, garçons, garçons pour voir l’effet sur les femmes et les sciences.
Et je dis voilà, ce ne sera que ça et point barre. Au début, c’est les filles qui râlent. Les filles, elles râlent parce qu’elles disent « ouais, mais on ne sait pas faire ». Je dis « il est là le problème en fait ». Je dis « je suis vraiment désolé parce que c’est aussi de ma faute ».
Mais je dis « ouais, vous n’avez pas manipulé, donc vous ne savez pas faire ». Du coup, je passe un peu plus de temps avec les filles parce qu’en fait, il faut leur expliquer tout ce qu’elles n’ont pas réussi à avoir avant. Donc, ce n’est pas rien cette espèce de… de, comment dire, de relégation dans un rôle secrétariat, un cliché tenace pour les femmes et les sciences.
Je n’ai rien contre le secrétariat, ce n’est pas ça, mais ça en dit beaucoup parce que ça veut dire qu’elles n’ont pas du tout pratiqué sur l’informatique. Et en fait, je fais ça. Et en fait, ce qui est trop cool, c’est que du coup, je suis très attentif et je me rends compte que du coup, déjà, les binômes garçons, garçons et filles, filles, ils switchent à chaque séance, naturellement en fait.
Et après, il y a toute la période entre février et avril qui passe. Et après les vacances d’avril, je leur dis, là, si vous voulez, je vous propose de revenir à vos binômes précédents si vous préférez avec les garçons, garçons-filles, ou vous pouvez rester comme ça pour continuer l’expérience sur les femmes et les sciences.
Et donc, c’est un peu mitigé. Il y en a qui reviennent avec le binôme d’avant, ils préféraient, voilà. Mais par contre, ce qui est cool, c’est que dans les binômes qui ont été refaits, filles-garçons, en fait, pareil, ça switchait naturellement. Et moi, j’ai entendu, du coup, je faisais attention, je prêtais l’oreille, il y avait quand même des filles qui disaient, attends, mais laisse, sachez le faire, si tu veux, je peux le faire. Et en fait, ça paraît bizarre, mais c’est ça ce que j’appelle la non-mixité. Enfin, j’appelle ça… C’est un concept, on va dire, que j’ai inventé pour les femmes et les sciences.
3. Le concept de non-mixité locale et temporaire
Mais c’est la non-mixité locale et temporaire. C’est-à-dire qu’en fait, j’ai pas changé la composition de ma classe. Il y a toujours autant de filles, autant de garçons dans ma classe. Mais localement et temporairement, en fait, elles font des activités entre elles, ils font des activités entre eux. Et après, on peut revenir sur de la mixité. Et en fait, on se rend compte que du coup, chacun a pu acquérir des compétences et que… Il n’y a personne qui a été mis de côté. Et ça, c’est compliqué à le penser parce que ce n’est pas dans nos pratiques pédagogiques vis-à-vis de les femmes et les sciences.
Ce n’est pas dans nos gestes. On ne nous apprend pas à faire ça. Ce n’est pas interdit ce que je fais, ce n’est pas ça. Mais je ne suis pas sûr que ce soit un truc qui sera un jour officiellement recommandé de faire. Parce que, par exemple, j’écris des sujets pour les Olympiades de mathématiques dans l’Académie de Lille. Et dans le règlement des Olympiades de mathématiques, c’est marqué qu’il faut faire des binômes filles-garçons. Et en fait, moi, je ne le fais pas. Donc, moi, quand j’enregistre mes binômes au département examen et concours, en fait, je mets binômes filles-filles, favorisant les femmes et les sciences.
Ça n’a jamais été refusé, mais je mets toujours des binômes filles-filles, garçons-garçons. Et du coup, ils composent entre filles et entre garçons en binômes. Et en fait, ça marche mieux. Donc, moi, je trouve que ça marche mieux. Ils performent mieux. Enfin, il y a une épreuve qui est en binôme, en fait. Et donc, ils échangent plus. Et moi, c’est un petit peu ce truc-là que je défends, en fait. Encore une fois, je ne dis pas qu’il faut faire des classes filles, des classes garçons, ce n’est pas du tout ça, mais c’est une méthode pour aider les femmes et les sciences.
Mais je constate, et j’ai mis un peu de temps à le comprendre parce que pour moi, ce n’était pas naturel non plus, mais je constate que ça apporte ses fruits, en fait.
C’était super intéressant tout ce que tu nous as dit, j’étais en mode mais incroyable ton histoire finalement, sans le vouloir t’avais reproduit des inégalités puisque c’est comme ça que ça s’est construit et je trouve ça bien ta façon de faire dans le sens où commencer d’abord avec les filles elles apprennent entre elles, les garçons ils apprennent entre eux comme ça il n’y a pas ce rapport un peu de force on va dire qui existe avec le patriarcat et qui nuit à les femmes et les sciences.
Oui ? Sous-jacent un peu partout et puis comme tu dis il faut que les filles puissent avoir du caractère et c’est pas forcément toutes les personnalités et puis même quand t’as du caractère t’as du mal à ton… enfin c’est difficile de s’imposer de toute façon de manière générale quand on est une femme parce qu’on est moins prise au sérieux qu’un homme et ça c’est aussi pour ça je pense que les femmes aussi elles peuvent fuir les domaines un peu de la tech ce genre de choses car il y a un vrai sexisme ambiant contre les femmes et les sciences.
Un vraie manque de reconnaissance. Et en tout cas, moi, je trouve ça très chouette, ton initiative, d’avoir pu déconstruire un peu ça et de permettre à chacune de ne pas être dans le rôle stéréotypé de la secrétaire, comme aussi on peut voir, ça me fait penser aux intelligences artificielles aussi, avec Midjourney, il y avait un test qui avait été fait, on demande de montrer des CEOs et des secrétaires. Du coup, les PDG, forcément, pour l’IA, c’est des hommes blancs, et pour les femmes, c’est des secrétaires ! C’est un biais classique quand on parle de les femmes et les sciences.
Oui. Mais ce qui est drôle, c’est une des interventions que je fais, notamment quand je parle du problème de ne pas avoir des équipes mixtes, ou en tout cas de ne pas réfléchir à une IA inclusive ou à des choses comme ça inclusives. D’ailleurs, ChatGPT le fait, mais Google Traduction également.
Quand on fait traduire… un engineer et un doctor, ça traduit un ingénieur, un docteur. Par contre, quand on fait traduire un secretary et un nurse, ça traduit une secrétaire et une infirmière. Donc, en fait, pour moi, le débat, il n’est pas de est-ce qu’il faut faire des trucs, est-ce qu’il faut tout mettre au masculin, tout au féminin ? Cela pose question pour les femmes et les sciences.
Moi, ça ne m’intéresse pas du tout, ce truc-là. Je sais qu’il y a des personnes qui ont des pratiques artistiques où, en fait, ils gèrent tout au féminin. Moi, je trouve ça drôle plus qu’autre chose. C’est une pratique comme une autre. Mais par contre, là, ce qui me dérange, c’est qu’on a genré des métiers. Là, on a choisi.
Et la plupart du temps, les métiers ne sont pas toujours très rémunérateurs. Et c’est un truc qui est très drôle, c’est qu’en fait, a secretary, on peut le rendre masculin en rajoutant off-state. Si on rajoute a secretary off-state, ça devient un secrétaire d’État. Parce que oui, ça gagne un peu plus du coup, ça a plus de pouvoir. Oui, c’est exactement ça. C’est un vrai problème pour les femmes et les sciences, oui.
V. Solutions politiques et initiatives concrètes
1. Une approche systémique et l’hypothèse des quotas
Carrément. Mais dis-le, toi, si jamais t’étais au pouvoir, t’étais président, qu’est-ce que tu mettrais en place comme initiative pour enlever toutes ces inégalités et favoriser les femmes et les sciences ?
Waouh ! Mais c’est assez dur ! C’est super difficile en fait, là, comme question. Déjà, ça ne me viendrait pas du tout à l’idée de faire ce métier, parce que ce n’est pas vraiment un métier. Mais en fait, Moi, je pense que je ne suis pas un si grand connaisseur que ça, en fait, honnêtement. Enfin, j’agis sur le truc parce que pour moi, là, il faut agir. Parfois, je suis plus, j’agis et je réfléchis après. Mais là, je suis plus dans le truc que j’agis, en fait. Donc, j’essaie vraiment d’agir à mon échelle pour les femmes et les sciences.
En tout cas, moi, à peu près chaque année, je dois à peu près aider une cinquantaine d’élèves, on va dire, à sortir de situations très difficiles, tout ça. Donc, c’est beaucoup pour juste ma personne. Ça demande beaucoup d’investissement. S’il fallait passer ce que je fais à une échelle un peu plus grande, ce que les gens dans les startups peuvent scaler, il faut passer à l’échelle, en fait, je ne sais même pas comment je ferais pour aider les femmes et les sciences.
Le premier truc qui me viendra à l’esprit, c’est de convoquer ou d’inviter toutes les personnes qui travaillent dans ces trucs-là, qui connaissent les milieux, donc les associations, si on parle d’inégalité de genre ou même de VSS (violences sexistes et sexuelles). Moi, je convoquerais justement, ou j’inviterais toutes les associations, tous les syndicats, toutes les entreprises qui sont un petit peu justement sur ces questions-là, qui travaillent là-dessus, les partis politiques aussi qui ont… qui ont à cœur ce projet justement de lutte contre les inégalités dans les femmes et les sciences.
Et après, on réfléchirait un petit peu à quoi faire ensemble. Pour moi, c’est plutôt comme ça. Ce n’est pas quelque chose de descendant en soi, mais là, tout de suite, en fait, à part mettre des moyens financiers et des moyens humains, honnêtement, je ne vois pas comment on peut trouver une recette miracle. Parce qu’on ne peut pas compter… On ne peut pas compter sur les bonnes volontés pour sauver les femmes et les sciences.
Moi, je sais que je suis de bonne volonté pour le faire. Il y a des trucs que j’organise le stage Les Fourmis, Les Fourmis éclairés à Lille. C’est un stage de mathématiques et d’informatique pour des lycéennes de première. C’est un truc en non-mixité. mais je le fais gratuitement, je ne suis pas payé pour faire ce stage en fait donc je suis la nuit et jour dans le stage mais je ne suis absolument pas payé donc on ne peut pas compter sur des gens comme ça enfin moi je ne tiens pas à ce que parce qu’en plus moi je suis célibataire sans enfant donc pour l’instant j’ai du temps pour les femmes et les sciences.
Mais ce n’est pas garanti que j’en aurai tout le temps. C’est-à-dire que si à un moment, je n’ai plus de temps pour le faire ou même à un moment, je me rends compte que je n’ai plus d’énergie pour le faire, on ne doit pas compter là-dessus. C’est cool qu’il y ait des gens engagés, je pense. Mais ça devrait être quelque chose de réfléchi d’un point de vue systémique, voire étatique. Il faut vraiment penser comme ça. C’est une lutte contre une inégalité qui est très grande et qui, honnêtement, moi je trouve, joue sur la souveraineté scientifique de notre pays et sur la place de les femmes et les sciences.
C’est-à-dire que pour moi, là, on met de côté plein de futures personnes qui peuvent être génialissimes dans certains métiers parce qu’on n’a pas su mettre les moyens, on n’a pas su, entre guillemets, c’est un terme que je n’aime pas trop, mais je pense qu’il parle à tout le monde, on n’a pas su miser sur l’avenir, en fait. C’est ça le truc. C’est qu’on se dit, ouais, là les enfants, ouais, ok, ça ne nous rapporte pas pour l’instant, ça ne vote pas, donc c’est… Est-ce qu’il faut vraiment là écouter leurs revendications, tout ça pour les femmes et les sciences ?
Ok, ils râlent parce qu’ils sont au collège, au lycée, mais nous aussi on est passé par là, c’est dur. Enfin, c’est pas une raison, c’est parce que ça a été dur pour tout le monde que ça doit être dur pour les générations à venir. Enfin, c’est nul de penser comme ça. Et en fait, ouais, moi je pense que Moyens humains, moyens financiers, des grosses prises de conscience aussi pour les femmes et les sciences.
Et après, s’il fallait rentrer vraiment dans des trucs vraiment, même si je n’aime pas cette manière de faire, mais un peu punitifs, c’est la notion de quota, en fait. La notion de quota, moi, je pense qu’à un moment, enfin, de plus en plus, là, on discute entre nous d’autres personnes justement qui travaillons sur ces inégalités de genre. Au début, c’était pas très bien vu de parler de quota pour les femmes et les sciences.
Et en fait, moi pareil, j’étais pas spécialement très pour, même si je pense que ça pouvait être bien dans certains cas. Mais là, de plus en plus, je me dis mais en fait, la situation, elle est tellement merdique. que si on veut changer le truc vite, moi, je ne vois pas d’autres solutions. Là, le problème, c’est que comme la situation devient de plus en plus critique, en fait, les solutions qu’on apporte, elles sont de plus en plus, presque pas extrêmes, mais elles sont de plus en plus exceptionnelles, en fait, pour sauver les femmes et les sciences.
2. Le stage « Les Fourmis » : rebooster la confiance
Moi, je ne me voyais jamais faire des stages en non-mixité. Pour moi, je voyais, parce que les premiers stages que j’ai connus un peu de la sorte, c’était le X-Science Camp à l’école polytechnique qui fait un stage avec 20 filles et 20 garçons. Moitié fille, moitié garçon, c’était des stages un petit peu de cette manière-là où c’était hébergement pris en compte, tout ça, sport, culture et tout. Et moi, j’ai connu ces stages-là, les premières fois que j’ai entendu parler de ça, j’ai connu des stages en mixité, moitié fille, moitié garçon, autour de les femmes et les sciences.
Et en fait, je ne dis pas qu’ils ne marchent pas ces stages-là, ils sont bien pour d’autres choses. Mais les stages en non-mixité, en fait, moi, je ne me voyais pas du tout organiser des trucs comme ça. Pour moi, on pourrait dire que c’est un truc de wokiste complètement lunaire de faire des trucs comme ça. Mais après, les résultats, ils sont là. Donc, à partir du moment où on a un système qui devient de plus en plus discriminant, violent, en fait, on n’a plus d’autres choix pour défendre les femmes et les sciences.
En tout cas, moi, c’est comme ça que je le vois. Moi, je n’ai plus d’autre choix que de me dire « Attends, on va peut-être extirper pendant une petite semaine, parce que c’est une semaine pendant des vacances scolaires, ce n’est pas toute l’année qu’on les prend. On va extirper pendant une semaine ces filles et on va les mettre dans un stage qui sera hyper safe avec plein de personnes qui vont être hyper bienveillantes avec elles. Elles vont faire des trucs qu’elles n’ont peut-être jamais fait ou qu’elles n’ont jamais pensé faire en lien avec les femmes et les sciences. »
Et on va les rebooster et on va leur redonner confiance, même si je n’aime pas trop ce terme, parce que pour moi, elles subissent du manque de confiance. Mais l’idée, c’est de les rebooster.
3. Le marrainage et la création d’une sororité scientifique
Et après, moi, mon objectif aussi, là, c’est marrant ce que j’ai fait ça ces derniers jours, mais c’est leur donner deux marraines. En fait, elles repartent avec deux marraines à la fin du stage, une marraine étudiante et une marraine professionnelle. Et pour que justement ces marraines puissent les épauler, les aider dans leur poursuite d’études ou autre chose liée à les femmes et les sciences.
Et en fait, par exemple, là, j’ai repris contact avec les anciennes fourmis, les marraines, pour savoir comment se passait le marrainage. Et il y a des retours qui sont trop cools, en fait. C’est trop cool d’entendre des filles, des fourmis dire… Oui, parce qu’on les appelle les fourmis, du coup, les élèves du stage.
C’est cool d’entendre et de lire des fourmis, dire « Moi, ma marraine, elle m’a accompagné au salon de l’étudiant, on a pu aller ensemble, moi, elle m’a fait visiter son entreprise, moi, elle m’a proposé d’aller dans son école, et moi, elle m’aide pour mes voeux Parcoursup. » Donc, en fait, l’idée, c’est… Je ne l’avais pas pensé comme ça au début, mais de plus en plus, je le vois comme ça pour les femmes et les sciences.
L’idée, c’est de créer une sororité scientifique. Alors, l’idée, ce n’est pas que ce soit moi qui le chapote. On ne va pas commencer dans le délire, c’est un mec qui chapote un truc, sinon c’est lunaire comme truc. Mais en fait, moi, mon objectif, c’est que j’ai des filles qui ont envie de faire des études scientifiques. J’ai un réseau de personnes étudiantes et professionnelles. En fait, si je peux faire le lien et qu’après, ça crée quelque chose de trop cool, moi, je suis hyper content pour les femmes et les sciences.
Après, elles gèrent leur marrainage comme elles veulent. C’est juste que moi, je suis là en backup, on va dire, s’il y a des soucis, des trucs comme ça, s’il y en a qui ne donnent plus de nouvelles, des choses comme ça. Mais ouais, en fait, c’est… Là, tout de suite, je pense qu’il n’y a pas de recette miracle, malheureusement. C’est un vrai problème.
Mais je pense que les premiers trucs que je ferai, c’est ça, en convoquer plein de gens et de dire, ok, est-ce qu’il faut instaurer des quotas ? Est-ce qu’il faut faire des trucs en non-mixité localement ? Voilà, c’est les premiers trucs qui me viendraient à l’esprit tout de suite pour les femmes et les sciences.
C’est très intéressant et je trouve en tout cas le côté que tu mets en place avec les fourmis avec un côté vraiment très intergénérationnel, très transmission de compétences et de passion, de savoir pour donner envie. Parce que du coup, c’est vrai que si par exemple, je ne sais pas, rôle modèle Marie Curie, bon, elle est décédée, on ne peut pas vraiment faire grand chose.
Elle est très inspirante, mais on va dire que c’est une rôle modèle… qui peut être paru comme, entre guillemets, exceptionnel, alors que là, en fait, pouvoir discuter avec des femmes et tu sais quel avenir elle a, où elle est, où elle en est, je pense que ça, ça peut être plus motivant parce qu’on se dit, ah bah oui, mais en fait, tu peux être comme elle, en fait, ce qui est crucial pour les femmes et les sciences.
Oui. Et le but du marrainage, en fait, parce que je leur demande de remplir un formulaire avec des informations pour que je puisse justement faire les meilleures affiliations possibles, en fait. C’est-à-dire que s’il y a des fourmis qui disent, tiens, moi, j’ai envie d’aller à l’école centrale, on a des étudiants de l’école centrale, en fait, qui acceptent. Du coup, on se dit, ben, Le marrainage, il est parfait, on va faire ça pour promouvoir les femmes et les sciences.
D’autres, c’est plutôt… Parfois, c’est du marrainage géographique. C’est une marraine qui a vécu dans la même ville que la fourmi. Donc, en fait, il y a de l’identification également qui est différente, mais c’est possible aussi. Parfois, on n’arrive pas à savoir encore ce que les fourmis veulent faire. Donc, ce n’est pas toujours facile de retrouver une marraine professionnelle qui correspond. Mais oui, effectivement.
Moi, souvent, ce que j’aime dire par rapport au marrainage et aux marraines qui ont accepté… c’est qu’en fait, ce sont des marraines que j’appelle accessibles, et ce n’est pas dénigrant de dire ça, parce qu’en fait, il faut savoir que moi, il y a des marraines… que je trouve incroyable, enfin vraiment, elles sont toutes incroyables, mais il y en a qui ont des parcours.
Enfin bref, et en fait moi ce qui me fascine, parce que c’est une anecdote que j’ai racontée aussi il n’y a pas longtemps, c’est que quand j’avais trouvé, j’ai dû chercher des marraines professionnelles, donc c’est pas toujours non plus facile de toutes les trouver, parce qu’en plus là aussi il y a un souci, c’est que ça prend sur leur temps personnel, et donc on demande encore à des femmes de prendre du temps perso pour les femmes et les sciences.
Voilà donc c’est hyper chiant, Donc j’essaie toujours de faire en sorte de leur dire non mais attendez, parce qu’il y en a qui sont déçus de ne pas être plus là et tout, je me dis mais attendez, on fait toutes et tous avec les moyens qu’on a, il n’y a pas de soucis, ne vous inquiétez pas, je suis sûr que vos filles elles ne vous en veulent pas et voilà, il n’y a pas de soucis. Et par contre, il y a des marraines, moi, quand je les contacte, et l’anecdote que j’ai eue, c’était celle-là, c’était la dernière que j’avais contactée, d’ailleurs, pour parler de les femmes et les sciences.
Et je lui ai dit, du coup, tu ne pourrais pas être marraine pour une fourmi. Et en fait, là, elle me dit, mais je ne pense pas être un bon rôle modèle. Alors moi, ça m’a fasciné parce que cette femme, elle est ingénieure aéronautique chez Airbus. Et je me suis dit « Mais de quoi tu me parles en fait ? » Et je me dis « Mais c’est fou de penser qu’on n’est pas un beau rôle modèle quand on a ça. »
Et en fait, elle me raconte « Ouais, mais j’ai fait un BTS, donc je n’ai pas fait vraiment une prépa, je suis rentré en école d’ingénieur après un BTS. » Encore mieux en fait. L’idée, c’est de montrer qu’aussi les parcours ne sont pas linéaires pour les femmes et les sciences.
Et honnêtement, pour être pris dans une école d’ingénieur après un BTS, il faut être parmi les meilleurs en général du BTS. » Donc ça veut dire que voilà c’est un super rôle modèle et effectivement tu disais Marie Curie, moi c’est un, alors je l’adore Marie Curie, vraiment je trouve que c’est une badass incroyable quoi, mais c’est un rôle modèle inaccessible parce que effectivement elle est morte donc on peut plus lui parler, c’est un peu dommage, mais en plus de ça.
Je trouve que ce n’est pas du tout un bon rôle modèle à donner aux filles pour une raison très simple, c’est que comme justement on ne cite qu’elle et que c’est la seule personnalité scientifique, homme et femme confondue, à avoir deux prix Nobel, en fait, on est en train de dire aux filles, si, regardez, vous pouvez faire des sciences, mais voilà, il faut être comme elle, ce qui met une pression énorme sur les femmes et les sciences.
Donc, ça veut dire que si on est une fille un peu moyenne, moyenne, je l’imite, je dis, allez, on va aller de 10 jusqu’à, allez, on va dire même de 9 jusqu’à 13 de moyenne. On se dit, je ne peux pas être Marie Curie, mais on s’en fout que tu sois Marie Curie, ce n’est pas ça qu’on veut. Et moi, je discutais il n’y a pas longtemps avec une chercheuse en mathématiques qui avait 8 sur 20 en maths au bac.
Et elle est devenue chercheuse en maths. Ça ne veut rien dire, en fait. C’est pour ça que je suis sur les rôles modèles. Moi, je fais hyper un peu attention parce que c’est des trucs… Moi, je pense qu’il faut effectivement des choses accessibles pour les femmes et les sciences.
Et en plus, il faut des gens issus de la diversité. Je pense aussi que c’est important. Je parle de diversité ethnique, mais aussi, par exemple, il y a une des super marraines qu’on a qui est une informaticienne en situation de handicap. Et pareil, ça aussi, c’est des choses qu’on ne met pas assez en avant, en fait. Et plus on va réussir à diversifier tout ça, plus on aura des rôles modèles accessibles, plus je pense qu’on va dans une bonne direction pour les femmes et les sciences.
Mais encore une fois, ça demande… Moi, c’est ce qui m’embête un peu, c’est que ça demande à des femmes de devoir encore faire un truc sur leur temps personnel, tout ça. Alors, par contre, ce qui est cool avec certaines marraines professionnelles, et là, je remercie, je ne vais pas citer des noms, mais je remercie certaines entreprises qui font l’effort parce que moi, j’ai appris qu’il y avait du coup certaines entreprises qui, du coup, reconnaissaient que des femmes justement allaient faire des interventions, des trucs comme ça pour promouvoir les femmes et les sciences.
Et donc, c’était décharger d’heures de travail, des trucs comme ça. Donc, c’est plutôt cool, honnêtement, ce truc-là.
Ah oui ça je savais pas du tout, tu m’apprends quelque chose donc en effet c’est encore plus valorisant et ça donne grave envie de continuer. Et il n’y a pas beaucoup d’entreprises, mais ça commence à changer un petit peu. Donc, ça, c’est plutôt cool aussi pour l’avenir de les femmes et les sciences.
VI Conclusions de l’épisode « les femmes et les sciences »
1. Mot de la fin : Tant que les situations ne changent pas d’un point de vue systémique, cela reste une illusion »
Mais du coup là on se dirige vers la fin de l’épisode car tu m’avais dit que t’as un peu de pétit impératif donc on va y conclure tout doucement. Alors du coup quel serait le mot de la fin par rapport à tout ce qu’on s’est dit sur les femmes et les sciences ?
Waouh, j’ai pas réfléchi à ça En fait je me suis dit, j’ai vu qu’il y avait un déroulé pour le podcast Mais je me suis dit j’ai pas envie de préparer mes trucs
Je pense pas dire une bêtise Mais je crois qu’il y a un film dans pas longtemps Sur Frantz Fanon qui sort Si les gens connaissent pas Franz Fanon Je vous conseille vraiment d’aller regarder Qui était cette personne Et d’aller lire ses livres Parce qu’il a fait des super livres Franz Fanon.
Et en fait, il avait une phrase, alors forcément, je ne vais pas la retrouver exactement, mais il avait une phrase, et moi, c’est un petit peu là-dedans que je m’inscris, c’est « Tant que vous ne changez pas les situations d’un point de vue systémique. Ça reste qu’une illusion ce que vous faites ».
En gros moi je sais que ce que je fais c’est triste de le dire comme ça mais je sais que ce que je fais c’est illusoire en fait parce que même si on commence à être beaucoup à faire des stages en non mixité des trucs comme ça ça reste quand même que des petits pansements sur des fractures ouvertes en fait.
Donc je pense que ça serait plutôt ça pour moi le mot de la fin c’est tant qu’on ne change pas vraiment le problème d’un point de vue systémique ce qu’on fait là ça reste quand même illusoire même si ça peut donner des idées quoi sur les femmes et les sciences.
Oui, je comprends. C’est un travail à mener tous et toutes ensemble, encore plus nombreux, avec des mesures mises en place par le gouvernement. Ça prendra du temps. On y croit.
Et du coup, dans la suite de mes questions, c’est vrai qu’on parlait de rôle modèle, et du coup, toi, qui sont tes rôles modèles dans le domaine de les femmes et les sciences?
2. Qui sont tes rôles modèles ?
Alors moi, quand j’étais enfant, les rôles modèles que j’avais, c’était en science, c’était le rôle modèle masculin connu, c’est Einstein en fait. C’était Einstein. Et puis maintenant, parce qu’en fait, je pense que je lis beaucoup de travaux sur ces questions-là. C’est une informaticienne, enfin une chercheuse qui a été informaticienne et qui maintenant travaille beaucoup sur les inégalités de genre en informatique qui s’appelle Isabelle Collet, qui est une chercheuse suisse.
Et elle, je crois que c’est the role model pour moi parce qu’elle est vraiment très, très forte. Elle a écrit un bouquin qui s’appelle « Les oubliées du numérique » et qui pour moi était une révélation pour comprendre comment ça fonctionnait justement les inégalités de genre en informatique en plus elle est hyper accessible elle est super sympa moi elle a accepté d’être marraine de mon jeu de cartes elle est vraiment trop cool et donc Isabelle Collet vraiment je pense que c’est mon rôle modèle pour tout ce qui concerne les femmes et les sciences.
Trop bien, oui. C’est vrai que je la connais de nom. Je n’ai pas encore lu ses livres, mais il faudrait que j’aille regarder ça de plus près. C’est trop cool.
3. Les ressources recommandées
D’ailleurs, la suite de ma question, c’est les ressources que tu reconnais aux personnes qui nous écoutent pour approfondir le sujet les femmes et les sciences.
Oui. Ah bah du coup ça ! Ouais, le livre Les Oubliés du numérique d’Isabelle Collet. En plus, je crois qu’elle va le rééditer là dans pas longtemps parce qu’en fait, elle a remis à jour pas mal de choses.
Il y a un autre livre que je conseille aussi, c’est Les Oubliés de la Science de Camille Van Belle. C’est une BD qui est vraiment trop cool, qui est vraiment super. Qu’est-ce que je peux recommander d’autre ? Il y a tellement de choses ! Je ne vais pas recommander mon jeu de cartes, c’est un peu abusé. Ah oui, si, je peux recommander ça. Je vous recommande vivement d’aller regarder, parce que c’est ma source numéro une pour les données, parce que c’est ma formation un peu de mateux qui veut ça.
C’est les notes statistiques de l’ADEP. L’ADEP, c’est Direction de l’évaluation de la prospective et performance. Je crois que c’est ça, je ne suis pas sûr. Et donc, c’est une mine d’or d’informations sur les statistiques dans l’éducation nationale. C’est gratuit, c’est en libre téléchargement, c’est sur le site de l’éducation nationale. Et si ça vous intéresse, toutes les données sur l’éducation nationale, mais pas que égalité fille-garçon, il y a sur plein de trucs liés à les femmes et les sciences.
Vraiment, il faut aller regarder ces notes-là. C’est hyper bien fait. Ce n’est pas lourd à lire, honnêtement. C’est assez court, en plus. À chaque fois, les notes sont assez courtes. C’est hyper bien illustré. Et pareil, je fais un peu la promotion de mon ministère quand un truc est bien fait. Donc voilà. Honnêtement, c’est un travail qui est très bien fait. Donc je recommande ça aussi.
4. Que signifie le terme féministe pour toi ?
Oui. Ah bah trop bien, merci du partage. C’est vrai qu’en plus c’est des sujets un peu de niche pour les personnes qui sont pas dans l’enseignement, bah ils peuvent pas forcément savoir tout ça sur les femmes et les sciences.
Que signifie le terme féminisme pour toi dans ce contexte de les femmes et les sciences ?
Waouh ! Alors, en fait, moi déjà, pour avoir beaucoup discuté avec des personnes féministes de ça, en fait, moi déjà, je n’estime pas spécialement être un féministe.
Je pense que je suis plutôt ce qu’on appelle un allié du féminisme, même si je suis engagé dans des assos féministes. Par exemple, il y a une asso qui s’appelle Nous Toutes, et en fait, il y a une antenne à Douai qui s’appelle Nous Toutes Douai, qui est récente, et en fait, moi, je suis hyper engagé dans ce truc-là.
Par exemple, c’est moi qui pilote le site, des choses comme ça, où on s’épaule pour organiser des événements, tout ça. Mais après, le féminisme… Moi, ce que j’aimerais, en tout cas, c’est qu’on arrête de croire que c’est un gros mot. C’est-à-dire que dès que… Quand j’emploie ce terme à un moment, ça crispe tout le monde dans la salle. Il y a un truc qui est surprenant. Et pour moi, c’est juste… C’est la manière, je dirais, la plus naturelle d’aider les femmes, en fait, le féminisme, et donc d’aider les femmes et les sciences.
Pour moi, c‘est la manière la plus naturelle d’aider les femmes. En fait, je pense que… le féminisme n’a jamais tué personne, n’a jamais été, responsable d’inégalité. Loin de là, justement, ça veut juste l’égalité. Et c’est d’ailleurs une pancarte que j’avais pour la manifestation du 8 mars. Sur ma pancarte, c’était marqué « Estimez-vous heureux qu’elle ne demande que l’égalité et pas un remboursement. »
Parce qu’effectivement, pour moi, je trouve que le féminisme, moi, je vois ça comme quelque chose de naturel, en fait. C’est pour ça que ça me surprend un peu quand je vois des surréactions par rapport à ce mot-là. Donc, oui, pour moi, c’est la manière naturelle d’obtenir l’égalité ou de lutter pour, justement, l’égalité dans les femmes et les sciences.
Oui. Oui, je suis d’accord. C’est vrai qu’il est assez mal perçu ce terme dans la société, de par les médias ou ce genre de choses. Donc c’est pour ça aussi que j’aime bien avec Matrimoine Féministe, j’avais envie un peu de redorer le blason du féminisme et faire intervenir les personnes concernées pour parler de tous ces sujets, parce que ça me semble tellement important pour éduquer, sensibiliser, toutes ces choses encore qui manquent. Et ça viendra petit à petit.
5. Qui aimerais-tu voir au micro de Matrimoine Féministe ?
Et du coup, ma dernière question, c’est qui aimerais-tu voir au micro de Matrimoine Féministe pour parler de les femmes et les sciences ?
Ah, purée ! Trop de gens, en fait. Isabelle Collet, si tu peux avoir Isabelle Collet, ça peut être trop cool. Après, je peux te citer une liste infinie. Camille Van Belle, Nathalie Haï, c’est une mathématicienne qui est super. Elle a aussi un podcast, d’ailleurs, qui s’appelle « Tête à tête chercheuse » qui est super. Sylvie Gavache-Benzoni, qui est mathématicienne et qui a été la directrice de la Maison Poincaré, premier musée mathématique de France. Elle a fait en sorte que justement le… le musée soit inclusif. Donc ça, c’est vraiment un super profil pour évoquer les femmes et les sciences.
Noëlle Krajman, qui est la médiatrice mathématique, c’est la seule médiatrice mathématique au Palais de la Découverte à Paris, et qui est super, vraiment engagée sur ces trucs-là. Elle a un super Instagram où elle met en avant des personnalités mathématiques avec des anecdotes dedans.
J’en ai encore pour une demi-heure de liste de noms si tu veux mais j’en ai plein quoi en fait il y a vraiment et c’est marrant parce que là je cite que des femmes parce qu’il n’y a que des femmes qui viennent à l’esprit quoi donc c’est d’ailleurs c’est un peu comme sur ça que je lutte la plupart du temps c’est de mettre plus de femmes en avant dans justement dans des questions d’inégalité de genre ouais ouais ouais sur les femmes et les sciences.
En tout cas, merci pour tous ces noms. Isabelle, Camille, Nathalie, Sylvie, Noëlle et d’autres à venir. Mais il ne faut pas hésiter à les contacter. C’est toujours chouette.
Moi, je suis sûr que ça leur ferait grave plaisir. Honnêtement, les connaissants, ce serait peut-être vraiment partant. Il ne faut vraiment pas hésiter. Carrément, je n’hésiterai pas.
Et aussi merci pour ton temps, Mohamed, pour cet échange sur les femmes et les sciences. C’est passé très vite cet échange ensemble. Oui, c’est vrai. Oui. C’était trop bien et merci aux personnes qui nous ont écoutées jusqu’au bout. Merci à toi. Au revoir. Ciao, ciao ! Ciao.
VII Informations complémentaires
Ses rôles modèles et ressources mises en avant
- Einstein
- Isabelle Collet et son livre « Les oubliées du numérique »
- Son jeu de cartes
- La BD Les Oubliés de la Science de Camille Van Belle.
- Les notes statistiques de l’ADEP
Retrouvez Mohamed Nassiri sur Coquillages & Poincaré
Épisodes complémentaires à écouter
Technoféminisme : comment le numérique reflète les inégalités de genre


